Réseau d'état

Publié le par Bibliofractale

reseaudetatParmi les liens complexes que les humains tissent entre eux, il y en a certains ( liens, comme humains) plus lâches que d’autres.

Tant que chacun y trouve son compte, ou au moins l’une des deux parties, tout va bien dans le meilleur des mondes.

 

Puis arrive parfois le moment où l’herbe est plus verte ailleurs,

où le coucou installé dans le nid a épuisé toutes les ressources de sa famille adoptive,

où le chien, fidèle compagnon des beaux jours devient très encombrant lorsqu’il commence à pleuvoir.

Alors, fi des liens tissés.

 

Qui veut noyer son chien l’accuse d’avoir la rage…

 

 

Réseau d’état

Hugues LEFORESTIER

Jigal (Polar)

183 pages ; 16 euros

 

 

Il se dit qu’une nouvelle journée à l’Élysée se terminait, dure, acharnée, comme les autres. Une journée qui avait failli se conclure par un échec mais dont il sortirait renforcé, ayant accédé à de nouveaux secrets qui resteraient cachés à jamais.

 

Pour certains, il est « le gamin ». Pour d’autres, « Martin Martin ». Mais une chose est sûre, en cette veille d’élections présidentielles il est devenu « la cible ».

Cet homme d’une cinquantaine d’années échappe de peu à la destruction de son repaire et devient l’objet d’une traque impitoyable. Car Marcoussy, le président sortant, veut sa peau.

Pour justifier cette chasse à l’homme, on fera fuiter dans la presse que « la cible » est un dangereux terroriste, sur le point de commettre un attentat visant la Présidence.

Mais est-ce bien là la vérité ?

Après avoir côtoyé et servi pendant une trentaine d’années des hommes devenus quelques-unes des figures les plus importantes du pays, "Martin Martin" sera-t-il abandonné de tous ?

Que sait cet homme qui justifie sa mise à mort ?

 

 

L’idée qu’il puisse subsister un îlot subversif dans cet amoncellement d’intérêts privés, cet enchevêtrement d’égoïsmes, l’enivrait mieux que le champagne un peu décevant qu’on lui servait. Au royaume des convenances, il se sentait d’humeur anarchiste.

 

Un roman qui commence sous les fusillades pour s’achever par une discussion entre amis autour d’un bon repas. Entretemps, tout ira vite, très vite !

Alternant cavalcades et discussions feutrées, l’auteur s’en donne à cœur joie pour faire progresser l’intrigue. On ne sait ce qui fait le plus mal, de la scène musclée ou du coup bas susurré sotto vocce entre personnes respectables et de bonne compagnie. Grâce à une galerie de personnages épinglés de manière plutôt jubilatoire, les ors de la République en prennent sérieusement pour leur clinquant.

Le lecteur, pénétrant dans les coulisses du pouvoir, s’amusera à reconnaître tel ministre ou tel président, tout en hochant la tête devant la découverte de telle ou telle manipulation, de tel ou tel réseau influent.

La vie d’un homme d’État n’est pas un long fleuve tranquille, et malheur à celui qui ne sait pas maintenir la tête hors de l’eau… quitte à négocier avec les crocodiles pour s’en sortir.

Il y a du rythme, des personnages savoureux, des alliances improbables mais juteuses, du cynisme mais également (et surtout ?) une énorme part de tendresse lorsque les idéaux reprennent vie dans le cœur de vieux politiques fatigués.

En tout cas, un moment de lecture très plaisant pour ce roman de politique-fiction.

Fiction, vous avez dit fiction ?...

 

 

 

Commenter cet article

Oncle Paul 16/06/2012 08:42

Bonjour Christine
Le plaisir de lire entre les lignes ! Cela double le nombre de pages ! Un bon roman que j'ai bien aimé
Amitiés

Bibliofractale 16/06/2012 16:04



Bonjour Oncle Paul !


Et oui !! Petit format mais qui cache bien son jeu, tout comme certains personnages dont nous tairons le nom :-)


Amitiés.



Richard 11/06/2012 17:51

Très tentant, ce roman !!!
Et quand Christine aime, habituellement, Richard aime aussi !!!
Amitiés

Bibliofractale 11/06/2012 18:00



Merci Richard !
Ce qu'il y a de bien avec ce roman, c'est que même un lecteur peu au fait des aléas politiques de notre pays trouvera matière à une lecture agréable.
Sinon, le plaisir de lire entre les lignes pour tenter de démêler fiction et non-fiction, c'est la cerise sur le gâteau :-)
De plus, j'ai bien aimé le côté nostalgique de certains personnages se demandant "Mais qu'avons-nous fait des idéaux de notre jeunesse?"
Amitiés !