Vendetta

Publié le par Christine



Avec un titre pareil, vous vous doutez bien que je ne vais pas vous parler de l’art de sympathiser avec son voisin, bien que ce soit parfois très utile particulièrement lorsque la tondeuse est en panne. Ou lorsque la voiture refuse obstinément de démarrer.
Ni de la manière de tendre l’autre joue, ce qui ne devrait être admis que pour d’amicales et joyeuses embrassades.
Non, pas du tout.
Là nous allons aborder un thème plus sombre. Celui de la vengeance qui tient à cœur. Celle qui jaillit et explose lorsque les bornes ont été dépassées. Celle qu’on mange ensuite froide et bien relevée après avoir longuement ruminé en affûtant ses couteaux de cuisine.
Parce qu’il s’agit bel et bien d’un art. Et en bon artisan, il faut en maîtriser les techniques.
Laissez de côté la diplomatie, le sourire, la bonne volonté. Quelquefois c’est du gâchis, des margaritas ante porcos. Mais néanmoins pas question de se laisser marcher sur les pieds.
Mes p’tits loups, c’est l’heure de la curée !
A table !

Vendetta
Roger Jon ELLORY
Sonatine
651 pages, 23 euros (jamais vous ne trouverez un Sig-Sauer à ce prix là, même en solde)

Nous sommes à la Nouvelle-Orléans. Une ville à l’ambiance très particulière, majestueuse et suintante, luxuriante et dépravée. C’est la fin de l’été, un été caniculaire, moite, poisseux, fétide. Les nerfs sont à vif et les âmes aussi. Catherine Ducane, 19 ans, vient d’être enlevée. Ce pourrait être un fait divers banal, sauf qu’il est question de la fille du gouverneur de la Louisiane, et qu’on vient de retrouver le cadavre de son garde du corps mis en scène de façon spectaculaire. Il est évident que le meurtrier veut faire passer un message… mais lequel ?
La police locale reçoit alors un appel téléphonique. L’homme se présente comme étant le ravisseur. Il accepte de se livrer et de dire où est la jeune fille, mais à une condition : qu’on fasse venir Ray Hartmann et que ce dernier soit son interlocuteur. Lui et personne d’autre.
Quelle drôle d’idée ! Hartmann est à Washington, il travaille pour une sous-commission judiciaire du Sénat sur le crime organisé, il est plutôt en disgrâce depuis les dernières affaires traitées qui l’ont salement déstabilisé, son mariage part en vrille, et il a bien d’autres chats à fouetter.
Mais il n’a pas le choix. Il vient donc à la Nouvelle-Orléans.
Débute alors un curieux face-à-face entre les deux personnages. Ray Hartmann et Ernesto Perez.
L’un parle, l’autre écoute.
L’enjeu ? Retrouver Catherine Ducane, vivante, de préférence, bien sûr…
Mais êtes-vous bien certain qu’il ne s’agit que de cela ?

Mes impressions :
Alors oui, vous me direz que mon résumé n’est pas très court. Pourtant, je vous assure que si ! Là, je vous ai servi les zakouskis pour vous mettre en appétit. La suite est bien plus complexe et passionnante. Oubliez très vite la fausse impression de facilité quant à la construction de l’intrigue.
L’auteur est bien plus malin que ça pour se contenter bêtement d’un dialogue servant l’histoire sur un plateau.
Vous avez d’un côté un personnage qui a tout pour être antipathique, un tueur froid et sans scrupule, un homme de main de la Mafia, un bloc lisse et intouchable tout juste bon à être considéré avec répulsion ou frayeur.. ou les deux.
En face de lui, un homme qui n’en peut plus, qui en a trop vu, qui accepte une mission comme on accepte d’aller se pendre. Qui voudrait être partout ailleurs, mais surtout pas dans cette pièce à écouter les confidences d’un homme qui le révulse, qui représente tout ce qu’il déteste et traque au nom de la Justice et de la Loi.
Pourtant, au fur et à mesure que le tueur raconte son histoire, tout change.
Le regard de Hartmann change. Sur lui, sur sa vie. Sur cet homme qui a tout pour lui déplaire et qui lui dévoile une cinquantaine d’années d’Histoire des USA, sur fond de Mafia, de luttes entre clans, de Cosa Nostra, d’honneur…
Il est question des recoins les plus sombres et des affaires les plus tordues, de Cuba à Kennedy, de Hoffa à Los Angeles, de Nixon à Al Capone…
Quelle documentation ! Et quel talent pour aller boucher les interstices d’une réalité que l’on croit connaître et dont les mailles sont lâches, ô combien lâches !
Il est question de Familles… et de famille.
Il est surtout question de savoir ce qui définit vraiment un homme et donne un réel sens à sa vie.

Non, je refuse maintenant d’en dire plus.
Ce livre est une fresque intense, dense, à la fois humaine et historique, dans laquelle il faut plonger. La tension monte, insidieusement.
Jusqu'au bout, ou presque, vous vous demanderez "Mais où m'emmène-t-il? Quel est le but ultime?"
Allez tout au fond des zones les plus sombres.
Vous verrez, oui, vous y verrez presque comme en plein jour.
Car rien n’est jamais ni si blanc, ni si noir, tout n’est qu’affaire de choix qui dictent les circonstances.
Il y a des jours où la vengeance est une rédemption.
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