Scarelife

Publié le par Bibliofractale

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On pourrait se contenter d’itinéraires connus, de chemins balisés, de certitudes.

 

Oui... mais non !

Quelle horreur et quelle tristesse !

Il n’est jamais trop tard pour sortir des sentiers battus et puis, c’est encore le meilleur moyen qu’on ait pu trouver pour espérer laisser des traces. Ou disparaître dans la nature, allez savoir ?

Tout dépend de vous, et de ce que vous désirez.

 

Scarelife

Max OBIONE

Krakoen ; 251 pages ; 10 euros

 

Un aller simple pour là-bas, juste au croisement entre cauchemar et obsession.

Mosley J. Varell a fait de la prison pendant 10 ans. Seulement 10 ans, se dit le détective Herbie Erbs qui l’a arrêté et qui aurait bien voulu que ce soit la chaise électrique pour les meurtres commis. Mais non. Le tribunal a tranché, 20 ans. Et libération sur parole au bout de 10 ans.

Depuis, Varell se tient à carreau dans un bled paumé du Montana. Il écrit des scénarios de séries télévisées commerciales et débilitantes. Pas grave, ça permet de vivre et de penser à autre chose. Ou de ne pas penser. De constater avec lucidité que la starlette un peu simplette qui partage sa vie est devenue une ménagère dodue, parfois volage, et alors ? D’oublier ce fichu eczéma qui lui pourrit la vie et l’oblige à porter des gants.

Mais il a depuis peu l’ambition d’écrire un scénario d’un biopic sur la vie de David Goodis. Ecrivain culte, maudit, à la vie pleine de zones d'ombre. Sacré challenge.

Croire à la rédemption par l’écriture, quelle drôle d’idée.

Et un jour arrive une lettre. Encre bleue. Foutus souvenirs. Une lettre de son père Edwin. Varell décide de tout laisser en plan et de partir pour Rochelle. Il doit revoir son père.

Mais comme il est phobique des avions, il va prendre la route.

La route sera longue. Parsemée de rencontres.

Avec Erbs, dit le Nain, aux trousses. Le Nain, bien décidé à coincer Varell.

Car c’est sûr, c’est certain, aussi certain que les nuits sont noires et que l’Homme ne peut changer, Varell un jour ou l’autre finira par être rattrapé.

Par qui, par quoi, comment, nul ne le sait encore, mais ça se fera.

 

Terminus ! Tout le monde descend !

Rythme hypnotique, précis, petites phrases. C’est descriptif, deux phrases comme deux traits de crayons pour camper personnages, décors chiches. Presque une intrigue en noir et blanc ! Qui se colore curieusement lorsque des personnages noirs apparaissent, magie !

Mais qui se colorerait comme un vieux film colorisé. Ce roman est surprenant, et prenant par la même occasion. Hommage aux films noirs et aux road stories des années 50/60, comme cela a été dit partout. Hommage à David Goodis par le biais de nombreux clins d’œil, de nombreuses références à ses œuvres, et le parallèle qu’on ne peut s’empêcher d’établir entre ce fil conducteur et le chemin suivi par Varell.

Une route comme une descente programmée aux enfers, parsemée de rencontres désastreuses, le hasard ne faisant jamais bien les choses.

Pourtant on ne peut s’empêcher de constater que l’auteur, malgré la violence qui entoure le personnage, l’auréole d’une certaine inconscience, d’une dose de fatalisme. 

Parfois même de tendresse, désabusée, déglinguée, déplacée, mais présente.

Sourires, rires, grincements de dents, vous n’avez pas fini d’être surpris au fur et à mesure que l’intrigue se dévoile, que le voyage touche à sa fin.

C’est noir, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça déménage !

Sacré personnage de looser ! Ni tout noir, ni tout blanc, psychopathe à ses heures mais comme on écraserait une mouche, comme on balaierait devant sa porte, juste pour avoir la paix.

La morale ? Mais quelle morale peut-il y avoir quand tout commence et finit mal ? La morale, c’est bon quand on a un avenir. Quand on a un passé, un vrai, un sécurisant.

Examinez le titre d’un peu plus près….

Chacun y va de ses propres obsessions, depuis Erbs dont le seul but est d’arrêter Varell, jusqu’aux personnages croisant Varell, pas piqués des hannetons non plus. Chacun ses tares, ses défauts physiques, ses problèmes. C’est la vie ! Il faut faire avec.

Quant à Varell, c’est encore une autre histoire. Une histoire qui ne sera pas rattrapée par la justice que l’on peut attendre. Mais par une dernière cruauté du destin.

Tout était déjà écrit, monsieur le scénariste….

Magnifique pirouette finale, dernier clin d’œil, autre regard sur ce roman dans le roman. Brillant !

Première rencontre avec un auteur que je ne connaissais pas. Il n’est jamais trop tard, il ne reste que le bonheur de se dire : Chic ! Il y a d’autres livres à découvrir !

Et je vous conseille vivement de faire la même chose.

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