Sang d'encre au 36

Publié le par Christine


Le roman policier est le roman de cape et d’épée d’aujourd’hui. Toutes les aventures y sont possibles, on peut y trouver toutes les nuances. De la machine efficace formatée en ateliers d’écriture au récit accouché dans la sueur et le déchirement des entrailles. Il y a des héros très doués, beaux gosses, à la denture éclatante, qui tombent toutes les girls en leur roulant des pelles au goût de Vodka Martini "Shaken, not stirred !". Ou des hommes bourrus, têtus, qui ne s’en laissent pas compter tout en allant gratter les institutions là où ça fait bien mal. Il y a des braves ménagères qui se transforment en Mata-Hari, ou des journalistes délurés.
Je ne sais pas pour vous, mais quant à moi, je trouve les super-héros quelque peu énervants. Ils sont trop parfaits, trop brillants, trop propres. Moi j’aime bien quand ça sent la sueur, quand la pluie mouille vraiment, quand le quotidien plombe les journées, quand j’ai envie de dire « vazy mon gars, du nerf ! Tu les auras ces vilains moches pas beaux qui font rien que des méchancetises.»
Et puis il y a des romans… des romans…qui vous embarquent un peu plus loin. Sur le vaste terrain de la réalité qui est un fichu immense terrain de non-jeu et de vraie lutte, là où il est si facile de se perdre si on est tout seul, là où il faut malgré tout et par-dessus tout garder la foi pour trouver un sens à cet éternel combat entre le bien et le mal.

Sang d’encre au 36
Hervé JOURDAIN
Les Nouveaux Auteurs
352 pages ; 17,90 euros

Un vendredi soir comme un autre ? Pas tout à fait. On vient d’assassiner Rémy Jacquin, un conseiller d’éducation. Les indices sont maigres, et l’équipe du commandant Daniel Duhamel, chef de groupe à la brigade, ne trouve aucun mobile valable. La seule piste pouvant être exploitée est une lettre anonyme envoyée à un journaliste. Le coupable nargue la Police, c’est évident. Puis, une semaine après, deuxième assassinat. Même victime banale, aucune piste, peu d’indices. Cette fois, c’est l’effervescence au 36 quai des orfèvres. Les enquêteurs sont sur des charbons ardents et redoutent désormais l’arrivée du vendredi suivant et l’annonce de la découverte d’un nouveau cadavre. Quelles que soient les pistes explorées elles ne mènent à rien ou si peu. A part peut-être l’analyse scrupuleuse des courriers anonymes ? Tous portent un timbre à l’effigie de Simenon, sont postés dans des villes où il séjourné, et font références à ses pseudonymes. Pas de doute, l’étau se resserre. Mais il y aura d’autres victimes. Il faudra faire preuve d’une ténacité sans faille pour démasquer le coupable.

Alors, qu’en penser ?
Voilà un roman policier réaliste, écrit par un homme qui connaît son sujet sur le bout des doigts et pour cause puisqu’il est capitaine de police à la brigade criminelle de Paris. Le ton est sobre, le style est simple et efficace, tout est solidement ancré dans du concret, du réel, du quotidien. De la salle de réunion et son atmosphère poisseuse à la machine à café, des procédures à respecter aux liens complexes entre équipes et équipiers, le lecteur intègre le 36 quai des orfèvres et suit l’enquête pas à pas. Interrogations, pistes, lenteurs, doutes, coups de gueule, coups de chance parfois…La réalité, je vous dis !
Un roman policier classique et de bonne facture, clair, net, précis, sans bavure (si je peux employer l’expression !) qui rend hommage au travail en équipe sans mettre un personnage plus en avant qu’un autre.
Les héros sont des héros du quotidien, des hommes et des femmes attachants, avec leurs problèmes, leur vie personnelle, et surtout exerçant leur métier avec humilité et sérieux. Ne cherchez ni Zorro, ni le justicier masqué, ils n’ont pas leur place ici !
Les références à la littérature policière, mais surtout le clin d’œil à Simenon et à son œuvre sont intelligemment construits, et donnent à ce roman une perspective tout à fait intéressante.
Un roman qui parle de romans, je vous épargne les explications alambiquées car je tiens à ce que vous restiez éveillés, mais sachez que là, c’est rudement bien fait.
Un roman très plaisant, facile à lire, la tension est maintenue jusqu’à la dernière page.
Oui, c’est un bel hommage et c’est de la belle ouvrage, c’est certain.

Commenter cet article