Petit bréviaire du braqueur

Publié le par Bibliofractale

petitbreviaireOui, je l'avoue : j'ai un faible pour les personnages impossibles et à fichu caractère.
Qu'ils soient commissaire de très mauvaise foi, détective maladroit ou gentleman cambrioleur, peu importe.
Leurs défauts me les rendent immédiatement sympathiques, et je peux justifier de mon comportement face à l'adversité. Puisque je vous dis que c'est Workan lui-même ou Harry Bosch en personne qui m'ont montré l'exemple !!!
Alors quand il y a dans un même livre une inspectrice atypique et un mauvais garçon au charme renversant, je fonds littéralement.
Pffuit!! Toute guimauvifiée-loukoumifiée je suis !
Venez prendre avec moi une leçon de mauvaise conduite !


Petit bréviaire du braqueur
Christopher BROOKMYRE
Eds de l'Aube ; 434 pages ; 22 euros

Réglez bien le rétroviseur, il faut toujours surveiller ses arrières :

Angélique de Xavia, inspectrice des renseignements généraux à Glasgow, a été mise un peu à l’écart depuis sa dernière enquête. Elle s’apprête à passer son 30ème anniversaire dans un stade, seule, à supporter son équipe de foot préférée. Malheureusement l’actualité criminelle n’a que faire des états d’âme, et son supérieur hiérarchique la rappelle d’urgence. On vient de signaler un cambriolage en cours.

Elle réussit à s’introduire dans la banque, et découvre, en même temps qu’elle est découverte, une équipe de voleurs aux pseudos aussi surréalistes que Dali, Chagall, ou Jarry.

Un bien étrange personnage que ce Jarry, aux yeux aussi bleus que son humour est décapant, et à la courtoisie aussi étrangement déplacée que l' élégance dans la mauvaise action (Paul Meurisse ou Arsène Lupin ont un digne successeur !).

Réussissant contre toute attente leur vol, en narguant ouvertement l’armada policière présente, les braqueurs s’évanouissent dans le métro. Mais Jarry se rappelle à l’aimable souvenir d’Angélique, en lui faisant porter un somptueux bouquet, ainsi qu’un petit mot lui souhaitant un joyeux anniversaire.

Apparemment, ce gentleman a été troublé par Angélique ! Et il a l'air très bien renseigné.

Commence un jeu du chat et de la souris, où il apparaîtra que le braquage de banque n’était qu’un rideau de fumée voilant un engrenage diabolique.

A force de farfouiller partout et de poser les questions à éviter, Angélique va vite se rendre compte que l'ennemi n'est pas celui qu'on lui demande de coffrer.

 

le contre-braquage, vous connaissez?

 

Ce roman policier est tout sauf banal.

Si le point de départ fait penser au lecteur qu’il ne s’agit que d’une histoire de mafia mexicaine, le reste de l’intrigue, savamment orchestré, démontre au fil des pages qu’il s’agit d’une histoire bien plus complexe, et bien plus intelligente.

Dans un monde où les voleurs font preuve de subtilité et où les policiers sont parfois aussi futés qu’un pied vermoulu de table bancale, le personnage d’Angélique prend un savoureux relief et mérite amplement d’être apprécié.

Ce n'est pas tous les jours qu'on peut suivre les tribulations d'une inspectrice originaire du Burkina Faso (Haute-Volta pour les nostalgiques) perdue en sol écossais, un territoire assez peu favorable aux femmes, noires de surcroît...

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas froid aux yeux, cette petite.

Les dialogues, l’analyse sociologique, l’humour, et bien sûr l’histoire elle même, tout concourt à passer un excellent moment de lecture.

Rien que la scène du braquage est un pur moment d’anthologie. Un vrai moment de bonheur en apesanteur!

Histoire d’amour, satyre sociale, apologie de l’art et de l’illusion, et surtout vrai roman noir dans la plus parfaite des traditions, on ressent un plaisir jubilatoire tout au long des pages.

 

J’aimerai dire que ce roman est pour tous.

Pourtant, je suis obligée de signaler que le langage est parfois populaire, parfois cru. Parfois très cru .

Je m'en voudrais d' être responsable de défaillances cardiaques ou d'attaques de pudibonderie au cas où une âme pure et délicate aurait envie de lire ce livre.

Par contre il faut savoir que le langage est toujours approprié à l’action, et toujours dans un contexte étonnamment maîtrisé . 

Si l’un des personnages fait une fixation sur la « turlutte », c’est parce qu'il n'est qu'un homme et qu’il est sous pression ! Le lecteur aimant les subtilités y verra clairement la métaphore liée aux enjeux de l’intrigue, et s'ils ont des difficultés à aller au delà du premier degré,  les lecteurs masculins seront enchantés, en dignes adultes lecteurs de polars qu’ils sont.

Bien moins hypocrite que les scènes pseudo érotico-alambiquées d'un livre comme « la route de la soie » commis par Mr J. Frèches(si l’on remplace les mots grotte d’émeraude ou bâton de jade par les termes corrects, les scènes y sont extrêmement crues!!!), à mille coudées au dessus de certaines lectures bien vulgaires, ce livre présente une palette de vocabulaire à faire pâlir de jalousie un encyclopédiste dégourdi. Et puis, et puis.... l’histoire d’amour qui débute entre Angélique et Jarry est décrite avec une telle élégance que même Danielle Steel ou Barbara Cartland  y trouveraient leur compte. C'est vous dire !

Il serait dommage de se priver d’un tel livre. C’est pourquoi, je plaide non-coupable pour cet ouvrage, et je vous demande de laisser ce livre accéder librement à vos étagères.

Au pire, arrachez les premières pages !

Faites un beau geste et offrez-les pour la Saint Valentin si vous connaissez quelqu'un qui manque d'imagination....



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Commenter cet article

Hug 11/02/2010 16:00


Dis-moi, charmante jeune fille, "Brévaire" en titre est un jeu de mot ? ou c'est une rime avec "Ovaire". Toi qui a les sens si aiguisés, tu as dû comprendre l'astuce. Bisous.


Bibliofractale 11/02/2010 19:47


Fripon jeune homme le titre in ingliche in ze texte est "the sacred art of stealing", une affaire à résoudre qui n'aurait pas déplu à un amateur d'oeufs with Bacon de ma connaissance...
Mais astuce reçue 5 sur 5, fort et clair.
Bisous