Mako

Publié le par Christine

Bien sûr, je suis comme tout le monde, et j’aime quand les livres me font rêver d’un monde où les méchants sont vraiment des affreux qui seront punis, où les gentils voient leurs mérites récompensés, où la justice triomphe sans magouille ou échanges de bons procédés entre gens de bonne compagnie. Oui mais voilà… ce n’est pas toujours le cas !
Je sais, je sais, ma naïveté me perdra !
En attendant, heureusement qu’il y a des romans pour me donner une vision plus réaliste des choses. Je découvre que les détectives ne boivent pas le thé avec le petit doigt en l’air ou qu’ils préfèrent déchirer la nappe brodée par grand maman pour en faire des bandages. Les problèmes de hiérarchie ou de querelles intestines entre services ne concernent pas uniquement certains opérateurs épinglés par l’actualité. Les moyens de pression, les rapports de force ne sont pas réservés aux pervers manipulateurs domestiques. Les règles établies ou les codes de bonne conduite ne servent à rien.
Dans la vraie vie, c’est bien plus complexe et bien plus effrayant. Vous voulez des exemples ? En voici au moins un :

Mako
Laurent GUILLAUME
Les Nouveaux Auteurs
311 pages ; 17,90 euros


Un soir de patrouille nocturne comme tous les autres pour la BAC 47. On signale une effraction à l’équipe du capitaine Makovitch, alias Mako. Une fois sur les lieux, Mako découvre une jeune étudiante hongroise sauvagement agressée et violée. Le coupable n’a pas le temps de fuir, Mako laisse libre cours à sa rage sous les yeux ahuris de ses coéquipiers. Le violeur, un Kosovar nommé Vloran Vidic, est interpelé, mis en garde à vue, puis libéré car la jeune fille refuse de porter plainte. Etait-ce l’affaire sordide de trop ? Mako veut venger la jeune fille et en fait une affaire très personnelle. Il n’en a plus rien à faire de l’éthique, de son équipe, de sa vie de famille. Il suit Vidic lorsque celui-ci sort de garde à vue, et va se retrouver sur un terrain bien glissant, celui du commandant Paul Vasseur. Vasseur qui enquête sur un vaste trafic de stupéfiant impliquant les Kosovars et qui voit d’un très mauvais œil Mako venir semer la pagaille et les coups d’éclats.
Mako est un électron libre, il est incontrôlable. Entre besoins de l’enquête, raison d’état, vengeance, Mako, le flic désabusé ayant perdu tout repère continue une longue descente aux enfers commencée il y a bien longtemps.

Ce que j’en pense :
Voilà un roman policier au ton très actuel, rythmé, vif, nerveux, incisif et sans concession. L’auteur dépeint un milieu qu’il connaît bien, on se sent embarqué à bord des véhicules ou dans les salles d’interrogatoires, on découvre les multiples facettes d’un univers impitoyable à la limite de la justice. Les personnages sont bien campés, criants de vérité, entre juge d’instruction carriériste, policier débutant encore plein d’illusions, policier à la retraite ayant gardé malgré tout une belle humanité, seule barrière permettant de franchir intact les longues années de carrière. L’auteur ne laisse pas cette impression désagréable d’avoir usé et abusé des clichés, on sent qu’il y a du vécu derrière toute cette trame.
Et ce métier qui use et abime les hommes. Ils naviguent dans des ambiances crépusculaires, dans une jungle urbaine violente et sans pitié. Le milieu de la pègre est là, dans toute sa noirceur, ses bassesses et ses complexités. Ses codes, aussi.
Plus un personnage à part entière : la ville. Glauque, sombre, complice nocturne des agissements les plus sordides.
L’intrigue est bien construite, on en découvre peu à peu les rouages. Crédibles, réalistes… hélas. Nous ne sommes pas dans un roman intimiste, nous sommes dans une fiction qui colle de près au terrain glissant de la réalité.
C’est un roman viril et musclé, au style simple et direct, très visuel, bien ficelé, et très efficace. C’est cash, sans fioritures. Surtout très réaliste.
On imagine sans peine l’adaptation qui pourrait en être faite.
Une fin surprenante et bien amenée (il est très malin, cet auteur) permet de donner une épaisseur supplémentaire à l’histoire et au personnage principal. Mako n’est pas qu’un flic désabusé, ou une épaisse carapace de testostérone explosive, c’est également un personnage attachant.

Un bémol, habituel avec cette société d’éditions, la typo est de qualité moyenne, et il y a « quelques » coquilles et défauts d’impression par-ci par-là.
Ce qui explique que les libraires aient quelques préjugés défavorables. Il faut passer outre, et se dire qu’il y a là un vivier d’auteurs de talent à découvrir et à mettre en valeur.
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