les liens du sang

Publié le par Christine

Peut-être avez-vous parmi vos amis quelques esprits chagrins qui pensent que le roman policier n’est que prétexte pour déballer tripes et boyaux, pour louvoyer dans de sombres bas-fonds aux puissants remugles, ou pour plonger dans l’horreur saturée d’hémoglobine.

Empressez-vous de me les envoyer, je vais leur prouver qu’ils ont tort. Ils ne connaissent pas encore Thomas H. Cook, mais je suis là pour y remédier!

 

 

 

 

Les Liens du sang

Thomas H. Cook

Gallimard série Noire ; 311 pages ; 20 euros

 

Tout commence dans une salle d’interrogatoire. Il y a David Sears, un homme sans histoire, avocat consciencieux mais sans panache, à la vie simple et bien réglée. Face à lui, l’inspecteur Petrie, qui l’invite à parler. Car il faut parler, mais de quoi, de qui ?

Est-ce que David doit parler de Diana, sa sœur ? Sa grande sœur qui l’a pourtant toujours protégé. C’est vrai qu’elle est inquiétante, Diana… Elle vient de perdre son fils Jason. Un petit garçon « pas comme les autres », un petit garçon schizophrène, qu’elle a défendu et couvé comme une mère louve. Mais un seul instant d’inattention a suffit pour que Jason se noie. Mort accidentelle, a déclaré laconiquement le tribunal. Diana n’en a que faire, et accuse Mark, son mari, d’être un assassin.

Elle sait bien, elle, qu’il n’a jamais accepté la maladie de son fils, et qu’il la regarde, elle, comme une inconnue indéchiffrable.

Mais peut-être que David doit parler de son propre père ? Un tyran, un malade, un schizophrène, qui terrorisait Diana et David, qui considérait David comme quantité négligeable, et que seule la brillante intelligence de sa fille parvenait à calmer. L’ombre de sa folie plane encore sur la famille… Et puis, si c’était héréditaire ? Cela expliquerait peut-être le comportement de Diana ?

Mais peut-être que David doit parler de David ?

Il n’y a plus que lui qui puisse témoigner…

 

Entrez dans ce livre, il vous happera dès les premières lignes. Faites connaissance avec une famille ordinaire en apparence, avec son lot de joies et de peines et atteinte en plein fouet par un drame.

Car il s’agit bien d’une histoire à la fois triste et banale, d’un drame familial dont les braises ont longtemps été enfouies sous les cendres avant de déclencher un brasier. Bien sûr, c’est un roman policier, avec un meurtre supposé, une enquête, des pistes à explorer.

Mais pas là où vous croyez.

Il ne s’agit pas de poursuivre un meurtrier mais de remonter dans le passé, dans les fêlures familiales, dans les non-dits étouffants, dans la mémoire qui occulte ce qui fait mal. Tourner la tête, ne rien dire, tout plutôt qu’affronter la vérité. Se taire, tendre le dos, serrer les poings. Tout faire pour éviter le moindre choc.

Concessions, compromis… mensonges ?

Dans ce contexte, où sont les certitudes, où sont les doutes ?

Les relations complexes entre les personnages sont remarquablement décrites, justes, ciselées, avec juste ce qu’il faut pour que le doute, toujours lui, hante à jamais les mémoires et les comportements. La construction implacable, d’une grande maîtrise, fait monter la tension jusqu’au dénouement.

 

Thomas H. Cook tisse une toile arachnéenne, solide comme un nœud coulant, fragile comme une vie brisée.

Il sait comme rarement peu d’auteurs savent le faire prendre votre cœur et le serrer lentement, faisant naître toute une palette de sensations allant de l’interrogation à l’émotion la plus violente.

Ses livres sont  tellement justes et poignants qu’il est difficile d’en sortir indemne.

 

 

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