Les harmoniques

Publié le par Bibliofractale

harrmoniquesLa musique ! Presque omniprésente dans nos vies, que ce soit dans les allées de supermarchés ou pour nous faire patienter lors d’un appel à un numéro surtaxé.

Pour se détendre ou pour se concentrer.

Qui n’a pas « sa » chanson fétiche ?

Il y a des airs gais, vifs et entraînants, et des airs qui nous font rêver.

Des airs martiaux et puis ceux qui nous font pleurer.

La musique s’affranchit des mots pour nous toucher instantanément.

Et puis, un jour, on se la joue façon Sally Bowles et on se met à hurler pour oublier la cacophonie des douleurs ambiantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Harmoniques

Marcus Malte

Gallimard (série Noire)

369 pages ; 19 euros

 

 

Trois petites notes de musique, qui sans crier gare, reviennent en mémoire…

 

Ils sont deux, deux amis quasi inséparables. Mister, pianiste de jazz et Bob, ancien agrégé de philo reconverti en chauffeur de taxi. Mister vouait une secrète passion pour la belle et mystérieuse Vera Nad, qui venait l’écouter jouer du piano.

D’où venait-elle ? De quelque part, là-bas-loin, Yougoslavie, Serbie, Croatie, quelque chose comme ça.

Et puis un jour on a découvert le corps calciné de la belle.

Et, même si deux petits escrocs sont passés aux aveux, Mister ne peut se résoudre à croire qu’il s’agit d’un banal règlement de comptes entre petits dealers. Impossible pour lui de tourner la page et d’oublier.

Il veut connaître la vérité.

Il n’obtiendra certainement rien de plus, mais il refuse d’avoir moins.

Alors, peu à peu, en rencontrant ceux qui ont connu Vera, en interrogeant les derniers témoins de sa courte vie, les deux amis vont mener une enquête.

Elle les mènera bien plus loin que prévu, que ce soit dans le passé, dans les hautes sphères politiques, ou les bas-fonds mafieux.

 

 

La, la la, la, je vous aime, la, la la, la, mille et une peines, qui n’veulent pas mourir…

 

La nuit, le jazz, un black immense et un chauffeur de taxi, une beauté mystérieuse, la sauvagerie du monde actuel et la quête de la vérité, codes absolus du roman noir que Marcus Malte s’approprie pour proposer un roman unique en son genre.

Le duo de personnages, complémentaires ou doubles improbables, est formidablement campé, doté d’un humanisme et d’une obstination sans faille. Le géant noir silencieux, têtu, nostalgique, et le taximan aux multiples aphorismes parsemant les pages comme autant de petites notes, ou d’abellamenti, partent sur les traces de Vera.

Des traces ? Plutôt un sillage, déjà refermé, mais dont les ondes s’éloignant peu à peu continuent de bouleverser Mister.

Sur fond noir, très noir, d’histoire de l’ex-Yougoslavie et des crimes de guerre, de ses liens avec  la pègre et la corruption politique actuelle, va se détacher peu à peu le portrait d’une femme qui voulait survivre, malgré tout.

Le ton est sobre pour décrire des atrocités, comme une constatation amère de la folie des hommes.

Le récit est construit entre extraits de la vie de Vera, titrés avec des grands standards de jazz, et 32 chapitres d’une sorte de « night road movie » que vont vivre Bob et Mister.

Magnifiques personnages fracassés, se heurtant à la corruption, aux bas instincts humains, mais persistant à croire qu’une part de l’âme humaine peut être sauvée, malgré tout.

La musique est omniprésente, les phrases sont musicales, chaloupées, syncopées, parfois très courtes, parfois très longues. Des phrases comme des extraits de partition.

L’humour distillé par touches permet la respiration, et on se laisse porter par cette histoire.

L’écriture est superbe, l’émotion est toujours présente. C’est poignant, renversant, nostalgique, parfois dramatique, sauvage, et noir sans jamais être cynique.

Et c’est élégant. Je ne vois pas comment mieux dire. L’écriture est superbe, et élégante.

Il y a de l’espoir, malgré tout, véhiculé par la belle humanité des deux personnages principaux, et par cette touchante histoire d’amour, inachevée…

Un roman coup de cœur, dont la petite musique résonnera longtemps en mémoire. Marcus Malte a un immense talent.

 

 

Extrait :

« À ce moment-là, le pianiste releva soudain les mains tout en soulageant la pression de son pied sur la pédale. Les derniers accords s’estompèrent. Le son décrut progressivement jusqu’à n’être qu’un sifflement ténu. Puis plus rien.

Mister dressa un index.

-         les harmoniques… dit-il

 

Milosav leva les yeux au plafond, s’attendant peut-être à en voir surgir des créatures extraterrestres.

-         Harmeûniques ? C’est quoi, harmeûniques ?

-         Les notes derrière les notes, dit Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais.(…/…) Ce qu’il reste quand il ne reste rien. C’est ça, les harmoniques. Pratiquement imperceptibles à l’oreille humaine, et pourtant elles sont là, quelque part, elles existent. (…/…) Il n’y a pas que la musique qui produit des harmoniques. Le bruit des canons aussi. Qui sait au bout de combien de temps elles cessent de résonner ? »

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Richard 17/01/2012 13:12

Tout à fait d'accord avec ta chronique !!
Excellente ... comme toujours !
Bonne journée mon amie !
J'ai hâte de te parler !!!

Bibliofractale 18/01/2012 12:26



Oui, j'ai vu que nous étions d'accord !! Et j'en suis ravie !! Mais cela ne m'étonne guère : quelqu'un qui n'aimerait pas Marcus Malte ne pourrait pas être mon ami


Belle journée à toi, cher Richard, et à bientôt lors de prochains échanges !!