Les Disparus de Dublin

Publié le par Christine

disparus dublin

C’est vrai, certains livres donnent matière à de longues lignes et phrases de délires, interprétations, explications.

C’est parfois tentant de mettre le doigt sur tel ou tel rebondissement, telle ou telle bifurcation de l’intrigue, tel ou tel personnage remarquable.

Alors, un peu de mise en scène, pourquoi pas?

Et puis il y a des livres pour lesquels j’ai envie de vous donner envie, mais sans trop en dire, en vous laissant le plaisir de découvrir.

Parce que tout est dans le subtil travail de construction, étape par étape.

Parce qu'on se doute avec quelques frissons de plaisir de ce qu'il y a en haut de l'escalier.

Et que… monter les escaliers… prendre son temps…

 

 

Les Disparus de Dublin

Benjamin BLACK

Nil ; 436 pages ; 21 euros

 

Premières marches de l’escalier :

Dublin, dans les années 50. Quirke est médecin légiste. La compagnie des morts lui convient parfaitement car depuis la mort en couches de sa femme une vingtaine d’années auparavant, il n’a plus goût à grand-chose. A part pour la bière ou le whisky peut-être ? Après le pot de départ d’une infirmière, il va à son bureau et y surprend Malachy, son frère. Médecin lui aussi dans le même hôpital, cet obstétricien est en train de rédiger le certificat de décès pour la dernière admission, Christine Falls.

Embolie pulmonaire.

Malachy a l’air mal à l’aise, mais Quirke est ivre, et n’insiste pas. Pourtant le lendemain, il ne peut s’empêcher de vouloir vérifier par lui-même. Si le dossier est encore là, le corps de Christine Falls, lui, a disparu.

Les explications nébuleuses de Mal, le fait qu’il lui conseille de laisser tomber, deux raisons supplémentaires pour Quirke d’essayer d’en savoir plus. Il lui sera très simple de constater que le certificat de décès est mensonger. Christine Falls est morte en couches. Et qu’est-il advenu de son bébé ?

Quirke efface les traces qui pourraient impliquer son frère, mais commence à enquêter, à poser des questions, à être un peu trop curieux. Pourquoi son frère a-t-il menti ?

Peu à peu la vérité va émerger.

Une vérité très, très dérangeante.

 

Presque en haut de l’escalier, mais pas tout à fait :

Voilà un livre qui change un peu dans un paysage très encombré par des thrillers parfois violents, des romans très noirs pouvant friser le trop noir, ou des livres qui sentent bon le suivi à la lettre du manuel du parfait auteur de romans policiers.

Ce livre renoue avec une tradition plus classique, sans rien perdre en force ou en suspense, loin de là. Mais tout le plaisir est dans le style, fluide, précis, s’adaptant avec aisance à chaque personnage.

Nom de Zeus, qu’est-ce que c’est bien écrit ! Qu’est-ce que ça fait du bien !

Il faut tout de même savoir que Benjamin Black est le pseudonyme de John Banville, lauréat du Booker prize en 2005 ce qui n’est pas rien, romancier chevronné et confirmé, qui a une manière à nulle autre pareille de montrer l’interaction entre les personnages et les décors.

Quelles ambiances magnifiques de pubs, de landes, de mer, de ruelles crasseuses ou de salles obscures !!

Peu à peu l’histoire des personnages se dévoile, les liens troubles ou violents qui les unissent, les caractères ambigus ou manipulateurs. Quand on gratte un peu les belles enveloppes bien lisses ou les carcans des vernis, il y a souvent quelques surprises, parfois de très vilaines plaies. Ou d’affreuses pustules pestilentielles.

Bien sûr, on se doute un peu du fin mot de l’intrigue en elle-même.

Mais alors… quel écrin que celui tissé tout autour par Black/Banville !!

Ah… j’aimerais tellement en dire plus, mais là….ce serait cruel !

Je ne dirai rien de plus au sujet de l’intrigue.

Bon, juste un tout petit, mais alors très petit peu sur ce qui l’enveloppe.

Il vous faut seulement savoir que si Mal et Quirke sont frères, leurs relations n’ont jamais été très chaleureuses. Vous savez ce que c’est, dans une famille, l’un est souvent le chouchou. Ou considéré comme tel par l’autre, ce qui est bien plus pervers. Surtout quand l’un des deux a été adopté.

Et puis, quand les deux frères épousent deux sœurs, imaginez un peu.

Très beau personnage, attachant, crépusculaire, tourmenté, que celui de Quirke.

Stop ! C’est tout ! Pas la peine d’insister…

A vous de monter les escaliers.

Ce livre est le premier d’une trilogie.

Nul doute que vous aurez plaisir à lire ce premier opus, et à taper du pied en attendant les suivants.

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