le serpent aux mille coupures

Publié le par Christine

C’était un samedi pluvieux, brumeux, cafardeux. J’essayais tant bien que mal de me concentrer sur la lecture d’un roman ayant reçu un accueil plus que favorable. Lecture entreprise quelques jours auparavant, pour un livre certes bien ficelé, que je lisais sans déplaisir.
Mais sans réel plaisir non plus.
Tout en me demandant si j’étais bien normale, si mes sensations n’étaient pas saturées pas de trop nombreuses lectures. Tout en me disant qu’il était peut-être temps de faire un break et de passer à la lecture du mode d’emploi de mon micro-onde. Car je suis loin de maîtriser le fonctionnement de cet appareil hautement sophistiqué, sensé avoir tout plein de fonctions, mais dont je n’utilise que le dixième du potentiel.
Je tenais ce livre… et n’avançais plus. Je lisais la même page depuis quelques minutes.. et bof, plus de réelle envie de continuer.
Non et non, je ne vous révèlerai pas le titre. Ou alors, faites une tentative de corruption en mail et j’aviserai… mais je ne vous promets rien. Normalement, je suis inflexible, et j’ai une réputation à préserver^^
C’est alors que je l’ai vu. Lui. Le livre. Posé sur la table. Je le regardais comme une friandise depuis une bonne semaine, mais je me tapais sur les doigts en m’interdisant d’y toucher trop vite et trop goulûment.
Le moment était venu.
Je pris ce livre, commençais les premières lignes…
Ahh maudite ciboulette ! Nom d’un petit pois cosmique ! Mais quelle idée ! Plus moyen de bouger, j’étais prise au piège !
Il y a certains livres, comme ceux du regretté Ed McBain, qui me donnent l’agréable sensation de me lover dans un confortable  fauteuil club, d’autres comme les premiers Cornwell qui me font humer à nouveau l’odeur des salles de dissection.
Celui-ci m’a fait retrouver la très palpitante sensation ressentie lorsque j’ai eu l’immense bonheur il y a quelques années de conduire une Alpine Renault. Et en avant pour un voyage à multiples sensations.

Le Serpent aux mille coupures
D.O.A.
Gallimard (série Noire) ; 216 pages ; 15,90 euros (seulement ? oui, seulement.)

Je ne vous présente plus l’auteur. Pour les curieux, se référer à un autre de mes articles, quelque part dans la liste. Je ne vous dis pas lequel, cela vous permettra de vous promener un peu.

Résumé :
Vous vous croyez en sécurité, bien au chaud dans votre petit nid douillet ? Grave erreur, le monde autour de vous bouge, s’agite, étend ses tentacules, et vous n’êtes à l’abri de rien. Ni de vos voisins, pour peu qu’ils estiment que vous ayez une sale gueule. Ni des rencontres à haut risque si vous vous trouvez au mauvais endroit au mauvais moment. Ni de votre passé, ni de ce que vous êtes, car les bagages, tôt ou tard, ont un coût de transport élevé. Non, vous n’êtes à l’abri de rien. Et ce n’est pas la mondialisation qui vous aidera à vivre tranquillement, sans interférences, en gardant la tête bien au chaud dans le sable.
Ouvrez les yeux, c’est la guerre…

Analyse :
Mon résumé est court ? Oui ?
C’est normal.
Alors qu’il nous raconte des situations et des histoires complexes, D.O.A. va à l’essentiel. Il cisèle son texte, élague, fait un véritable travail d’orfèvre. C’est parfaitement imbriqué, c’est terriblement bien documenté, c’est totalement maîtrisé et le tout est d’une limpidité, d’une fluidité impossible à résumer.
Il y a comme une sensation de zoom, de travelling avant sur chaque scène. Quelques détails, quelques phrases, et voilà le décor campé, les personnages présentés, les contextes mis à plat. Rien de trop, rien d’inutile.
Vraiment aucun problème pour suivre l'intrigue ou comprendre les enjeux en cours. L'auteur se permet même quelques clins d'œil qu'on pourrait trouver espiègles, s'ils n'étaient pas , hélas, révélateurs d'une actualité sordide.
Juste le nécessaire et le suffisant.
Au lecteur de remplir les blancs s’il en a envie, l’auteur lui en laisse la place. Et cette liberté est très agréable. Une écriture intelligente, qui ne prend pas ses lecteurs pour des veaux prêts à tout gober. Au contraire, il y à matière à ruminer.
Mais attention, vous ruminerez seul dans votre coin. A vous de vous faire votre propre opinion, votre propre avis, vos propres sensations : tout est proposé, rien n’est imposé.
Juste le plaisir de lire, et de dévorer.
Et que dire des dernières pages ? Une véritable tempête se déchaîne, on tremble, on palpite, on est au cœur même de scènes très visuelles qui font irrésistiblement penser à certaines scènes cultes du cinéma. Non, je ne vous dirai pas non plus, ce serait gâcher l’effet de surprise, et gâcher le plaisir.
Un livre sur le monde qui nous entoure. Qu’il soit tout proche, ou considéré comme très lointain, c’est une jungle. Nous ne sommes décidément à l’abri de rien.
Et pourtant, même dans la jungle il y a parfois de la beauté. Par contre, il faut se battre pour arriver à la voir, bien cachée sous la canopée.
C’est un petit livre au format inhabituel. Normal, c’est un livre qui sort des sentiers habituels pour proposer un texte dépouillé, nerveux, efficace, comme un Haïku écrit par un samouraï roulant à 200 à l’heure la nuit sur une route pleine de dangers.
A cette vitesse, le superflu est mortel.
C’est noir. C’est violent. C'est esthétique comme certaines tortures raffinées à l'extrême. C’est beau comme de la calligraphie japonaise.

Bon, comme il faut bien trouver un défaut, j’en ai trouvé un : c’est un livre court, qui rend vite, très vite, accro. Boulimique. Je l’ai dévoré à la même vitesse que j’aurais dévoré un plateau entier de macarons. Et Dieu sait si je suis capable de les avaler tout ronds, ces p’tits trucs-là trop bons pour être honnêtes.
Et donc je culpabilise à mort ! Je suis une goinfre, incapable de déguster sagement….
Mais bon. Les macarons, quand il n’y en a plus, on se sent quand même un peu écœuré, un peu lourd, et surtout… il n’y en a plus.
Par contre, ce livre-là…. Il est encore là, et je m’en vais le relire.
Et cette fois prendre mon temps pour le savourer.

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Bruno 04/06/2011 15:48


Roman court mais il t'a sacrément inspiré ( belle entame de billet mdr) !!! DOA c'est excellent, celui ci je ne l'ai pas encore lu. Puis il y a aussi celui écrit avec Manotti qu'il faut lire ( il
était à Quai du Polar !!! tu aurais du venir !!^^ hein?? mais non je te retourne pas le couteau dans la plaie ^^) En tout cas, une chose est sûre, c'est que je vais de suite courir au supermarché
du coin m'acheter une boîte de petits pois cosmiques car je me demande bien le goût que ca a !!! biz Bruno


Bibliofractale 04/06/2011 16:40



Merci, Bruno, pour ce commentaire enthousiaste :-)
Je rappelle aux élèves (pas toi, les autres^^) du fond de la salle qu'il y a également un article sur le DOA/MANOTTI


http://bibliofractale.over-blog.com/article-l-honorable-societe-70551095.html


Dieu sait si j'aime et respecte les auteurs de polars, mais c'est vrai qu'il y en a deux qui ont une place privilégiée dans mon Panthéon : DOA et Marcus Malte. Pour des tas et des tas de raisons
que je suis prête à défendre sans jamais céder un pouce de terrain :-)
 Quais du Polar cuvée 2009, c'est pour eux, et pour eux exclusivement, que j'ai quitté ma campagne profonde, fait 800 km, afin de les rencontrer et me transformer en groupie béate (et quasi
muette). Même pas honte !


"Le serpent aux mille coupures" est la suite de "Citoyens clandestins", mais peut être lu séparément sans problème.


(d'ailleurs, c'est bien d'en parler, cela me fait prendre conscience que la chronique de "Citoyens clandestins" n'est pas sur le blog. Shame on me!)


bizz !


P.S. : les petits pois cosmiques, ce n'est pas mauvais. Faut juste éviter la sauce beltégeuse, qui en dénature un peu le goût...