Le plancher des algues

Publié le par Bibliofractale

plancherdesalguesIl y a le ciel, le soleil et la mer. Tout pour une belle romance d’été, coquillages et crustacés.

Avec l’amour comme un ressac lancinant laissant une crête d’écume sur le sable.

Car c’est l’amour, toujours, qui est début et fin. Alors, prêts pour un slow ?

A moins que vous ne préfèreriez un tango ? Oui, un tango, bien sûr ! La vie est comme un pas improvisé, parfois à deux, vers une direction impromptue et improbable.

E la nave va…

Tanguons !

 

 

 

 

Le Plancher des algues

Claude SOLOY

Krakoen ; 241 pages ; 10 euros

 

Entrez dans la danse …

Un homme, sur une plage. Il attend.

Du prochain bateau descendra une femme. D’elle il ne connait que peu de choses, mais il sait qu’il va la tuer.

Elle, c’est Ella, une femme flamboyante de la tête aux pieds, avec un prénom qui lui donne des ailes. Ella la colombe rouge que l’on va sacrifier.

Et elle, elle l’a remarqué, ce petit homme qui la regarde avec insistance et qui va l’emmener.

Elle va le suivre, sans poser de questions.

Pendant une semaine, dans un huis-clos entre chambre et bord de mer, entre l’homme qui a rêvé si longtemps de meurtre et de vengeance et la femme qui rêve de fuir, va se jouer un étrange ballet, entre vie et mort, entre sexe et folie.

Un scénario déjà écrit peut-il laisser place à l’improvisation ?

 

La danse est une cage où l’on apprend l’oiseau…

Ah, je vous entends d’ici : « enfin un résumé court ! »

Et bien oui, tout arrive….

Parce que si le roman est court, il est tellement riche et complexe qu’il serait possible ensuite d’en détailler la moindre phrase avec un plaisir sans pareil.

Peut-être que c’est un roman policier, peut-être que c’est un thriller, peut-être que c’est une histoire d’amour. Allez savoir !

Mais certainement pas de la bluette ni de l’amour à deux sous de guimauve. Non. 

C'est bien de l’amour, de celui qui fait mal, qui laisse des traces incandescentes et des cicatrices bourgeonnantes. De celui qui fracasse les esprits. De celui qu’on donne à foison et qui étouffe.

L’amour vengeur ou rédempteur ?

Il y a beaucoup d’amour, donc. Et beaucoup de désespoir. Car l’amour aveugle, emprisonne, et dans sa vie grise ou noire jusque là  l’homme ne voit plus la vie que par flashs de couleurs violentes, crues, flamboyantes. Flashs aussi intenses que peuvent l’être certains sentiments.

Drôle de construction que celle de ce livre, avec le regard extérieur du metteur en scène qui positionne personnages et décors, la voix off de l’homme dont on ne saura jamais le nom mais qui peu à peu se dégage du script initial pour s’en échapper, et la voix d’Ella, avec sa fraîcheur, son impulsivité, son acceptation du sort déjà écrit ou qui reste à écrire.

On découvre peu à peu l’homme et son histoire, dépositaire des obsessions de sa mère, prolongement meurtrier de celle-ci. Il n’a connu que cette forme d’amour délivré à flot par un cordon ombilical jamais tranché et qui l’asphyxie peu à peu.

Victime jusqu’au bout, cet homme a-t-il été, est-il, sera-t-il meurtrier ?

 

Le tout dans un texte fort et audacieux, presque à déclamer à haute voix !

C’est du théâtre, haut en couleur, avec des effets de cape et des coups de poing.

Il peut choquer, c’est certain !

Et à ceux qui hurleraient au non respect du bien-pensant  je leur répondrai : « Et alors ??? »

C’est cru, c’est violent, il y a du sexe, du sang. Certains parleront de voyeurisme et se fourreront alors le doigt dans l’œil jusqu’au coude, au moins !

Car ce ne sont que des mots, entre descriptions à la froideur toute entomologique et tirades de scène. Entre lyrisme et réalisme.

Car la vie, c’est ça ! Entre moments de grâce et petits riens sordides. Pas la peine de se voiler les yeux de manière hypocrite !

Un corps n'est qu'un corps, une aimable ou pas machine à fonctions physiologiques.
La beauté est dans l'œil de celui qui regarde, dit-on?
Ils sont beaux, ces corps fatigués, elles sont belles, ces scènes de sexe, et même s'il y a un peu d'insistance sur les passages au pipi-room, (le narrateur ne confondrait-il pas pression de la vessie avec pression des vésicules séminales?? ) zut de zut, au diable ceux qui détournent les yeux, nous ne sommes plus à l'époque victorienne !
Notre personnage central n'est pas qu'un pur esprit, après tout....

 

Un livre comme une tragicomédie, totalement atypique, totalement inclassable.

Chaque page recèle son lot de surprises, à vous de les découvrir.

Sur le plancher des algues, chacun glisse vers son destin sans maîtriser grand chose. Alors, tant qu'à faire, dansons avant de sombrer.

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