Le paradoxe du cerf-volant

Publié le par Bibliofractale

paradoxe cerfvolantNe vous est-il jamais arrivé, au fond de vos poches, de serrer les poings ? Rage, frustration, colère, que sais-je ?

Avec l’envie d’en décocher une bonne, une percutante, une «  Tiens, prends ça in ze naseaux, ça t’apprendra, espèce de reliquat dégénéré de doryphore gluant. »

Et puis, comme vous êtes exquisément bien élevé et très civilisé (la preuve, vous êtes ici en train de me lire) vous vous dites qu’il y a des règles à respecter et qu’il vaut mieux jouer plus finement.

Alors, vous inondez votre adversaire de votre glacial mépris, lancez votre regard noir modèle spécial royale indignation, et croisez les doigts pour qu’un jour, cet énergumène se fasse vraiment ratatiner pour de bon.

Ahhh… si seulement c’était aussi simple….

 

 

 

 

 

 

 

Le paradoxe du cerf-volant

Philippe GEORGET

Editions Jigal

320 pages ; 18 euros

 

Quatre boules de cuir, mes poings contre les tiens…

Pierre Couture. 27 ans, boxeur, et déjà un sacré palmarès. Il a même été champion de France.

Oui, mais c’était il y a quelques années, et il serait peut-être temps de passer à autre chose car le dernier combat s’est terminé sur une défaite cuisante. Pas assez en forme, plus assez motivé. Son ami Sergueï lui propose de gagner un peu d’argent. Parmi les relations qu’il a gardées de son ancienne vie en ex-Yougoslavie, Lazlo, devenu prêteur sur gages, embauche pour intimider les mauvais payeurs. Pierre accepte, à contrecœur. Cela lui déplaît, il se dégoûte, il en est même malade et après sa première mission, il va errer de bars en bars pour oublier.

Le réveil est cuisant. Car Lazlo a été torturé et assassiné pendant la nuit. Et les indices désignent Pierre comme le parfait coupable.

Pris au beau milieu d’une situation qui le dépasse, Pierre va lutter comme il peut, entre rage et découragement.

Un combat, comme une fuite en avant, avec, comme si cela ne suffisait pas de la police, de ses amis qui le trahissent ou de la mafia serbo-croate, ses propres démons aux trousses pour l’aiguillonner.

 

 

Enfant je m’endormais, sur des K.O. de rêve…

Pierre Couture, dans ce livre, c’est « je ». Vous êtes à la place du personnage principal, et vous voyez le déroulement de l’intrigue comme si vous assistiez à un film tourné caméra au poing. Le livre est construit en « rencontres » et « rounds ». La vie de Pierre devient un ring, il mène un ultime combat.

Le passé se dévoile peu à peu, comme quelques portes qu’on entrouvre, très vite, et qu’on referme encore plus vite pour ne pas s’appesantir sur ce qui fait mal.

Et si ce n’était que le passé de Pierre ! Mais il y a des racines dans un passé historique qui donnent un relief supplémentaire à l’intrigue.

Pierre se jette tout entier dans la lutte, avec des ruses, des esquives, il prend des coups et il en donne. Découvrant peu à peu la stratégie de ses adversaires, il va s’adapter et riposter.

Je préfère ne rien vous dire du piège qu’on va tenter de refermer sur lui, de ce qu’il va vivre, des nombreux rebondissements qu’il y a dans ce livre.

Je vais plutôt insister sur la construction, parfaite ; sur la tension qui va crescendo ; sur les dialogues, épatants ; et surtout sur ce personnage central.

Ses fêlures, sa vie, ses doutes et ses interrogations, ne peuvent laisser personne indifférent.

C’est humain, dramatique, poignant.

Les expressions et variations autour du mot « poing » prennent tout leur sens dans ce très, très bon livre.

J’entends déjà quelques grincheux au fond de la salle s’agiter et grommeler que la boxe, ce n’est pas leur truc. Même si je vous avoue que j’avais le même a priori, je ne veux pas le savoir !

Faites comme moi et n’hésitez pas une seconde.

Il n’est pas question de passer à côté de ce formidable roman et de ne pas le lire.

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Jacques 28/03/2011 14:10


Très bon ce commentaire sur le livre de Georget, que j'ai beaucoup aimé (pas Georget, son roman)...
Sinon j'avais un message privé à envoyer à l'auteure de ce blog, mais il semble qu'elle se cache honteusement, ou alors c'est que je suis bigleux.


Bibliofractale 28/03/2011 14:18



Merci d'avoir aimé le commentaire.


L'auteure de ce blog ne se cache pas honteusement, et vous n'êtes pas bigleux. C'est peut-être moi qui le fus en créant le blog car nulle part je n'ai vu comment insérer une option " envoyer un
message privé".


Pour me contacter vous pouvez utiliser :


bibliofractale@gmail.com


Bien amicalement



cynic63 26/03/2011 07:34


A mon avis, c'est l'une des très bonnes surprises de ces derniers temps dans l'univers du "polar français". Un ton différent des autres romans publiés chez Jigal


Bibliofractale 28/03/2011 14:21



Oui, le premier roman de P. Georget était prometteur, j'attendais donc ce roman avec impatience pour confirmer ma très bonne première impression. C'est chose faite :-)