le cul des anges

Publié le par Bibliofractale

culdesangesÊtre au mauvais endroit au mauvais moment, c’est exactement la même chose qu’être au bon endroit au bon moment. Une série d’évènements, les uns à la suite des autres, menant pile à une bonne surprise.

Ou pas.

Oui, façon championnat de domino, si vous voulez !

Jusqu’à la pichenette qui fera vaciller l’équilibre. Alors les pièces s’inclinent, tombent, rien ne semble pouvoir arrêter leur mouvement.

On voit apparaître alors un joli motif.

Ou pas.

Et ce n’est pas le tout de s’extasier.

Ensuite, il faut quand même tout ramasser et faire un peu de nettoyage pour pouvoir passer à autre chose.

Ou pas…

 

 

 

 

 

 

Le cul des anges

Benjamin LEGRAND

Seuil (Roman Noir)

343 pages ; 19,50 euros

 

Autrefois quand j’étais innocente je faisais confiance à tous… *

Que peuvent bien avoir en commun un tueur à gages, une zonarde, un retraité et son partenaire de pétanque, un commandant de l’ US Navy, un haut ponte prêt à prendre le large pour un lointain paradis fiscal, un Flamand doué pour la mise en scène, une physionomiste ayant perdu son don après avoir été victime collatérale d’un règlement de comptes, une séduisante et intrigante maîtresse, un manager peu honnête, et un groupe de musiciens s’appelant « le cul des anges » ?

À première vue, pas grand-chose.

En tout cas, rien qui puisse inquiéter le premier domino de la série : Dimitri.

Impossible pour lui, Dimitri, tueur à gages débarquant à Cannes pour éliminer un certain Henri-Pierre Barn, de se douter qu’il arrive en terrain miné.

Car Barn, un élu local, est impliqué, avec le commandant Valentine et le Flamand, dans une affaire très juteuse et très illicite de vente de films d’un genre hautement condamnable. Chacun des trois comparses est arrivé au point où il est bien décidé à se remplir les poches une bonne fois pour toutes et à éliminer ce qui pourrait être gênant.

Dimitri posant le pied sur le sol français sera la pichenette initiale qui fera tomber les dominos, les uns après les autres.

 

 

Les conneries, c’est comme les impôts. On finit toujours par les payer …**

Il est impossible de résumer correctement ce roman. Il y a foison de personnages, pléthore de rebondissements et il vous faudra prendre quand même le temps de voir les pièces se mettre en place. Je ne vais pas vous gâcher le plaisir de la découverte !

Et ensuite ?

Alors, là, ensuite c’est autre chose. Une révélation en amenant une autre, nous voilà embarqués dans un genre de spirale infernale de la mort qui tue, ou de grand-huit qui va bien agiter le tout et à toute vitesse jusqu’au dénouement final.

Jambes flageolantes garanties !

Une fois l’action engagée, peu de répit pour le lecteur. Entre les personnages, complexes, retors, avides, ou victimes, rien ni personne n’est vraiment ce qu’il semble être.

Malgré le sujet épineux de la pédopornographie qui sert de base et qui pourrait faire craindre une intrigue plutôt malsaine, rassurez-vous : ce n’est que le prétexte pour faire jaillir situations et personnages ma foi bien campés.

On sent le talent et le savoir-faire du scénariste pour impulser l’énergie et parfois l’humour ou même l’amour au beau milieu des situations les plus tordues.

C’est une lecture divertissante, menée avec brio, et on a plaisir à suivre les nombreuses actions.

Ce livre possède tous les éléments pour passer un bon moment en sa compagnie, on ne peut le nier. Les événements s’enchaînent de manière implacable. C’est bien fait, bien écrit, alerte.

 

Alors, pourquoi une fois refermé, me reste-t-il une légère sensation de déception ?

Oh, très légère. Fugace. Mais présente.

Peut-être parce qu’à vouloir traiter avec légèreté et sans voyeurisme un sujet difficile, il reste un bon roman en main dont on sait que c’est une fiction et qui divertit sans réellement émouvoir ?

Je sais, je deviens horriblement difficile ! J’avoue que cette fois, je ne me contente pas du plaisir de lecture et reste sur ma faim en pensant « dommage, il me manque un petit quelque chose ».

 

Ceci dit, tous les polars n’ont pas besoin d’être également des essais sociologiques à portée supramétaphysique!

Ce livre est un bon livre, qui insiste plus sur le côté humain sans s’appesantir sur les aspects noirs, ce qui n’est pas si évident à réussir.

Mission accomplie !

 

 

* « Moitié ange, moitié bête » Valérie Lagrange

** « le cave se rebiffe » Michel Audiard

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