Le cramé

Publié le par Bibliofractale

lecramebosco« Promis, juré ! »

Ah, mes chatons, quel est celui qui n’a jamais prononcé ces quelques mots ? Ou même sans le dire à haute voix, s’est senti lié par une promesse et bien décidé à la tenir.

Du moins, c’est que qu’il pensait.

Parmi tous les « Promis, demain je téléphone à belle-maman », « Mais si je vais te le rendre, ton livre », « Pas de souci, compte sur moi pour ton déménagement », « Je n’aime et n’aimerai jamais que toi » ou autres « Avec moi, fini le chômage »….il y a un énorme pourcentage qui termine dans les oubliettes les plus profondes.

Pas la peine de siffloter en regardant vos ongles, je vous vois !

Mais il y a des exceptions…

 

 

Le cramé

Jacques-Olivier BOSCO

JIGAL (Polar)

286 pages ; 17 euros

 

Dans les situations tendues, quand tu parles fermement avec un calibre en pogne, personne ne conteste. Y’a des statistiques là-dessus…*

Gosta Murneau, alias « le Cramé » à cause d’une marque de brûlure sur sa joue gauche. Chef de gang, craint et respecté de tous.

Mais si le dernier braquage de banque s’est terminé dans un bain de sang, si le Cramé a été sauvé de la mort in extremis et arrêté, c’est bien parce que quelqu’un, un membre du groupe, de SON groupe, les a trahis.

Gosta jure de s’évader pour se venger… et c’est ce qu’il fait.

Évasion, donc. Puis, un peu de chirurgie esthétique permet de faire disparaître la brûlure sur le visage, ce signe si particulier, celle qui identifie Gosta presqu’à coup sûr.

Parce que rien ne pourra faire disparaître la petite lueur si particulière qu’il a dans le regard. Celle de l’homme qui n’a peur de rien, ni de personne.

Ensuite, ne reste plus qu’à découvrir qui a été l’indic.

Gosta se fait passer pour un commissaire fraîchement nommé. Adieu le Cramé, bonjour commissaire Ange Gabriel ; et il se jette dans la gueule du loup afin d’aller fouiller dans les dossiers.

C’est l’affaire de quelques heures, pense-t-il. Ensuite il ressort du commissariat, se venge, et le tour est joué.

Quelques heures ? Pas si sûr.

Au détour d’un couloir, Lise Duart. Folle d’inquiétude depuis la disparition de Louis, son petit garçon, depuis plus de deux jours. Et tout le monde s’en fiche.

Mais pas Gosta.

Louis est resté près de Gosta alors qu’il était quasi mourant, en attendant que les secours arrivent.

Gosta a une dette à rembourser. Il promet de tout mettre en œuvre pour retrouver le petit.

Et c’est ce qu’il fera…

 

 

 

Le paradoxe de la condition humaine, c’est qu’on ne peut devenir soi-même que sous l’influence des autres…**

Je vous préviens de suite, mon résumé ne concerne que les soixante premières pages du livre. En vous laissant sur l’impression, comme celle que j’ai eue en parcourant le début du livre, d’un bon polar old school, avec des truands ayant le sens de l’honneur, un vocabulaire comme on en voit (hélas) de moins en moins dans les romans policiers actuels, la sensation d’un livre qui pourrait être adapté au cinéma par Verneuil, Audiard, ou Lautner.

Oui, sans nul doute.

Mais ce n’est pas tout, et loin de là !

Commence ensuite une véritable traque, de plus en plus dense, de plus en plus sombre. Une double traque en fait.

Car deux éléments ô combien précieux ont été trahis : la loyauté, et la pureté de l’enfance.

Une plongée tant dans les sous-sols de cités que dans les bas-fonds de l’âme humaine.

Avec pour fil conducteur un homme hors-la-loi depuis presque toujours, dont on découvrira peu à peu pourquoi cette rage qui ne le quitte jamais, pourquoi ce mépris de la mort quelles que soient les circonstances.

Seuls comptent à ses yeux la parole donnée, le respect des engagements.

Et pour cela, il tiendra bon, quoi qu’il lui en coûte.

Gosta, de « le Cramé », devient « Ange Gabriel ». Certainement pas un hasard, ce choix.

Un Ange exterminateur, et un Ange sorti des flammes de l’enfer pour tenter de renaître de ses cendres.

Car si Gosta n’a peur de rien, et certainement pas de la mort, c’est qu’il est déjà mort une fois, il y a longtemps…

L’auteur n’oublie pas d’épingler férocement au passage, et non sans lucidité, les cités devenues ghettos, l’hypocrisie de notables se sentant au-dessus des lois, les violences faites aux plus faibles, aux enfants, aux femmes. Les dérives lorsque les mots « honneur » ou « respect » disparaissent du vocabulaire.

Un livre prenant, âpre, à la tension quasi permanente. Il y a de la peur, de la brutalité, on est persuadé que Gosta ne réussira jamais à sortir de l’enfer malgré les quelques touches d’espoir qui se dessinent en contre-jour. Lui-même a cessé de croire depuis longtemps.

Un personnage très attachant, une intrigue sèche, nerveuse, musclée, qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus.

 

Qu’il est long, tortueux, et aléatoire, le chemin qui mène à la rédemption. Mais il arrive, parfois, que la main fragile d’un enfant permette de tenir bon…

 

*Mélodie en sous-sol ; Michel Audiard

** Les nourritures affectives ; Boris Cyrulnik

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Commenter cet article

cynic63 11/06/2011 10:50


Beaucoup de péripéties dans ce roman. Quelques clichés malheureusement mais c'est plaisant.


Bruno 09/06/2011 21:30


il est sur ma pile !! j'espère le lire bientôt car ton billet me donne bigrement envie !!! Je ne manquerai pas de t'en reparler ma chère copinaute !^^


Bibliofractale 09/06/2011 21:45



J'attends ton avis avec impatience, cher copainaute :-)


Comme le signale J.C. Caillette dans sa récente chronique :"le Cramé, c'est pas du décaféiné ! C'est de la gitane sans filtre, c'est pour les hommes, quoi!"


Alors si même lui le dit : adieu les fanfreluches roses, je passe aux gitanes maïs !