la Femme du monstre

Publié le par Bibliofractale

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Le mariage, l'union entre deux personnes s'aimant d'amour tendre. C'est beau et c'est grand!

Oui mais voilà, il arrive que tout ne soit pas comme dans les contes de fées. Le beau chevalier ronfle et sème ses chaussettes ou ses cheveux, la belle princesse dort en pyjama triple épaisseur avec ses bigoudis et son masque de beauté à l'artichaud. Et s'il ne s'agissait que de ces petits détails, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes conjugaux...

Car parfois, il y a aussi des découvertes qu'il vaudrait mieux ne jamais faire. Et dans ce cas, comment réagir?

la Femme du monstre

Jacques EXPERT

Anne Carrière; 265 pages; 18,50 euros

 

C'est à cette heure-ci que tu rentres?

C’est le début du procès du « monstre de Laval ». Ce monstre, auteur de nombreux viols et d’au moins deux meurtres sordides, c’est Simon Darget. Dans la salle, sa femme.

En attendant de témoigner, elle se souvient.

Du jour de son mariage, il y a 16 ans. C’est qu’il est bel homme, son mari, et beau-parleur ! Il pouvait séduire qui il voulait, mais c’est elle, la seule et unique Madame Darget. Et ce statut de femme, d'épouse , parfaite et convenable, elle y est fermement accrochée.

Alors, pour préserver son mariage coûte que coûte, elle a fermé les yeux sur beaucoup de choses : les brusques accès de violence car il travaille dur et ne supporte pas le bruit quand il est à la maison, les nombreux déménagements pour cause d’incompatibilité d’humeur avec les différents patrons ou voisins (tous des envieux ou des malveillants, son mari n'a vaiment pas de chance), les absences répétées, les odeurs de parfum bon marché sur les chemises. Bonne épouse, bonne mère, voisine serviable, elle est devenue « la femme du monstre ». celle que l'on plaint.

Mais aussi celle qui a décidé qu'il était temps qu'on la prenne en pitié.

N’a-t-elle réellement jamais rien soupçonné?

Est-elle, elle aussi, une victime ?

 

Tu vas voir un peu de quel bois je me chauffe, non mais!

Grâce à l’usage de deux typographies différentes, le récit alterne entre la description du procès et le journal de cette femme dont on découvre peu à peu les ambiguïtés.

Jacques Expert trace un portrait sans concession, mais sans jugement (au lecteur de se faire sa propre opinion) d’une femme comme beaucoup d’autres, vivant dans un univers de français moyens, au rythme des journaux télévisés et des séries américaines. Il montre son refus d’affronter la vérité, son obsession à préserver les apparences, sa passivité face aux évènements.

C’est un livre dérangeant, non politiquement correct, qui dénonce le racisme ordinaire, les clichés qui modèlent les vies, les lâchetés quotidiennes, les compromis faits pour préserver à tout prix un univers aussi sécurisant que possible.

Le monstre de Laval aurait-il commis tant d’actes de violence si quelqu’un l’avait dénoncé avant qu’il ne soit trop tard ?

Dans un style très simple, mais très efficace, l’auteur montre de façon réussie que la littérature est bien le reflet de la société qui la voit naître.

Très bonne typographie, nombreux dialogues (langage direct, parfois cru).  Pour lecteurs acceptant de regarder la réalité en face !

Ce livre ne peut laisser personne indifférent.

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