L' oeil du singe

Publié le par Bibliofractale

oeildusingeAhh le merveilleux monde de la Science et des Scientifiques !

Rien de tel qu’une blouse blanche pour vous poser un homme et le rendre crédible. D’ailleurs c’est bien simple, devant une blouse blanche nous nous mettons à régresser, à bégayer, à nous sentir humbles devant l’Homme-qui-sait-tout-mieux-que-nous.

Des années d’études, un jargon bien souvent incompréhensible, un air docte et distant, ces gens-là en imposent.

C‘est bien la preuve qu’ils sont hautement civilisés et raffinés, non ?

 

Et pourtant… si vous saviez…

 

 

 

 

 

 

 

L’œil du singe

Hugo BUAN

Pascal Galodé éditeurs

335 pages ; 18 euros

 

L’œil était dans la tombe et regardait…  et regardait qui, au fait ?

Maximilien Lachamp, paléoanthropologue de renommée mondiale, est l’organisateur d’un grand congrès où ses éminents collègues vont s’envoyer de gentils noms d’oiseaux à la figure : Homo sapiens, Homo heidelbergensis, j’en passe et des meilleures. Le tout, fort poliment, bien évidemment. C’est-t-y pas Cro-mignon ?

En attendant, il se repose les neurones en faisant du vélo dans la forêt. A chacun ses passe-temps ! Mens sana in corpore sano, quoi. Mais sa dernière sortie s’est mal passée et il doit être hospitalisé suite à une chute qui l’a laissé tout d’abord inconscient, puis avec quelques troubles de mémoire.

C’est très gênant, surtout lorsque les bribes de souvenirs font remonter des images de cadavres qu’on enterre.

Non, en fait, pas « on ».

Que LUI enterre.

Misère et putréfaction !!!

Parce qu’un paléoanthropologue est censé déterrer des ossements datant d’au moins… oh oui tout ça! pour les étudier. Et pas pelleter pour enfouir des cadavres.  De plus, tout frais, les cadavres…

L’idéal pour être accusé de meurtre, non ?

Alors, que faire ?

Se souvenant qu’un de ses amis lui avait raconté connaître un commissaire de police, Max se décide à entrer en contact avec ledit commissaire. Car seul un véritable professionnel pourra comprendre que Max est certainement victime d'une machination, et non un coupable présumé.

Et quel est cet éminent commissaire perspicace et compréhensif ? Workan!

Notre Workan. Le seul. L’unique.

Workan veut bien rendre service. Mais à très, très petite dose. Car sa patience a des limites.

Surtout lorsque les choses se compliquent.

Et pour se compliquer, ça va bougrement se compliquer. Si vous ne saviez pas que les cadavres pouvaient jouer à cache-cache façon il est passé par ici, il repassera par-là, il n’est jamais trop tard pour faire votre éducation.

Workan va devoir enquêter dans le monde secret et feutré des scientifiques. Et vous vous doutez bien que son tact va faire merveille pour que la vérité éclate au grand jour.

Avec un grand bruit sec de mandale modèle spécial encollage nasal …

 

Et mon fémur de mammouth, il est pas frais mon fémur de mammouth ?

Le quatrième opus des aventures de Workan nous arrive après une longue année d’attente. Enfin ! Pas trop tôt !

Parce que ces petits trucs-là, une fois qu’on y a goûté, c’est difficile de s’en passer.

Fidèle à lui-même, Workan est encore et toujours le champion toutes catégories confondues de la mauvaise foi et de la claque la plus rapide de l’Ouest.

Ce qui ne l’empêche nullement d’être un excellent enquêteur, têtu, opiniâtre.

Bien au contraire.

Sur une base d’intrigue à la documentation solide, Hugo Buan prend une nouvelle fois un malin plaisir à émailler son roman de fausses pistes, de tirades savoureuses, de personnages dont il épingle malicieusement la bêtise, la naïveté, ou la cupidité.

Placer l’intrigue dans le milieu scientifique n’est pas chose facile. Surtout lorsqu’on s’attaque à un domaine aussi pointu, aussi obscur, que celui de l’Évolution, avec ses querelles de spécialistes, ses batailles à grands coups de publications ou de mystifications. L’auteur nous en propose une vision par le petit bout de la lorgnette, bien loin de l’image d’Épinal du scientifique bien sous tout rapport et au-dessus de tout soupçon. Et il s’en donne à cœur joie.

Le pire, c’est que c’est criant de vérité.

Bien sûr, point n’est besoin de préciser que « toute ressemblance avec des situations réelles ou des personnages etc. etc. » ne peut venir à l’esprit que parce que vous avez mauvais esprit.

Dialogues jubilatoires, prises de bec au sein du commissariat, suspense et coup de théâtre final, sans oublier le passé de Workan savamment distillé, Hugo Buan reprend les éléments qui rendent ses livres uniques et reconnaissables entre tous, et qui nous font passer un très agréable moment de lecture.

Bon, les aficionados de la belle Leïla ou de l’équipe de Workan trouveront que ces derniers sont un peu moins présents pour céder davantage la place aux personnages liés de près ou de loin à l’intrigue. Il est évident qu’il était difficile de porter l’accent sur tous, et rassurez-vous, l’humour est toujours là, et bien là.

Tout n’est pas tout rose au pays de la blouse blanche et qui sème des corps récolte des osselets.

Bien fait !

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Bibliofractale 12/03/2011 21:23


Idée à creuser, effectivement !
Je m'en vais lui en toucher deux mots :-)
Amitiés.


Claude LE NOCHER 12/03/2011 20:40


Il ne reste plus qu'à créer le Lucien Workan'fans club... Si quelqu'un prend cette initiative, j'adhère illico !
Les romans d'Hugo Buan sont effectivement très sympas !
Amitiés.