L' Arche d' Alliance

Publié le par Bibliofractale

 

archeallianceLes lectures d’été ! Voilà un programme réjouissant !

Quel livre emporter pour passer un bon moment, ne pas bronzer idiot, et accessoirement caler notre tête lorsqu’on a oublié son petit coussin spécial plage ?

Après avoir longuement hésité entre « L’art de la pataphysique à modeler » et « Petit traité comparatif de dynamique des fluides en Shaker inox », j’ai finalement décidé de faire la sieste.

Mais auparavant, parlons d’un petit livre vendu avec un beau bandeau « la lecture qu'il vous faut».

 

 

L’Arche d’Alliance

Sarah FRYDMAN

Albin Michel ; 470 pages ; 22 euros

 

Sous le pavé, le sable….

Renvoyée pour faute professionnelle, Sabrina Langer peut laisser tomber ses rêves de devenir grand reporter. Il ne lui reste plus qu’à trouver  un nouveau job. Prête à tout, elle passe une petite annonce avec un C.V quelque peu enjolivé, et reçoit, à sa grande surprise, une réponse de Paul de Brissac.

Paul de Brissac ! Cet archéologue mondialement connu, qui s’apprête à faire une exposition de ses plus belles pièces, et à dévoiler enfin les résultats de ses recherches au sujet de l’Arche d’Alliance et du Trésor du Temple !

Son assistante Moïra lui a fait faux bond. Envolée, disparue, Moïra ! Il a besoin de quelqu’un pour le seconder et c’est urgent.

Séduit par la fougue et l’envie de bien faire de Sabrina, il l’engage et prévoit un rendez-vous avec Boris Steinberg, ami de longue date et accessoirement agent du Mossad, pour avoir son avis sur la jeune femme.

Boris trouve la jeune femme dynamique et futée. Aucun souci de ce côté-ci.

Par contre, l’arrivée à Paris de Sonia Massimova, ancienne danseuse étoile et surtout intrigante de haut vol, l’inquiète beaucoup plus. Cela ne peut pas être une coïncidence ! Paul était éperdument amoureux d’elle, il n’est pas dit qu’il ne succombe pas à nouveau, au risque de se faire manipuler ou escroquer.

Quelles sont les intentions de la Massimova ?

Qu’en est-il de ce fameux Trésor du temple, convoité de tous depuis… ouh la la des tas de siècles voire plus !! !! alors que les agressions, les disparitions, les morts, s’accumulent autour de nos héros ?

Ah mes chatons, quel suspense insoutenable !

 

Sous le sable… sous le sable, le Trésor ? Attendez un peu, je gratte !

Voyons, voyons, par quoi commencer…

Nous avons là un thriller ésotérico-historique, présenté comme tel, avec une magnifique première de couv’. Si, si, elle est vraiment réussie et alléchante. L’auteur(1) est allé chercher quelques renseignements, un peu de documentation, et nous les sort de temps en temps sous forme de dialogues magistraux.

Pas de grandes révélations, pas d’hypothèses séduisantes, tout ce qu’elle nous raconte est soit déjà connu des amateurs de tels romans, soit facilement accessible via toute bonne base de données.

Bref, Nihil novi sub Sole.

Le fond historico-ésotérique n’est qu’un prétexte et en y regardant de plus près, ne sert strictement à rien.

Il est beaucoup question du peuple juif, de ce qu’il a vécu, de ce qu’il vit encore. De sa culture, de ce qu’il a apporté à la civilisation. Et des nombreux conflits actuels. Ce roman étant une lecture d’été, je n’ai rien contre quelques débats dans l’intrigue. Mais là, bougre de nom d’une carpe farcie, c’est souvent très virulent et je n’en vois pas l’intérêt pour une lecture dite « de détente ». Tant qu’à faire, autant écrire un essai sur le sujet.

Ce sera mieux rédigé, plus argumenté, un peu moins… comment dire… tombant comme un cheveu dans le Bortsch.

Passons à la construction de l’intrigue.

Enfin, ce que je pense être une construction ? Parce que j’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé grand-chose comme trame solide.

Il y a des tonnes de pistes, des tas de digressions, des foultitudes de détails annexes qui alourdissent l’ensemble. Alors bien sûr, cela donne beaucoup de péripéties. Et oui, mesdames et messieurs, c’est un thriller ! Mais saperlipopette de crénom d’une explosion au napalm, ce n’est pas parce qu’on écrit un thriller qu’on a le droit de faire n’importe quoi ! Il y a de ces invraisemblances, mes p’tits loups….

Dans un joyeux mélange sur fond de terrorisme, d’aryens assoiffés de pouvoir, d’intrigantes manipulées et manipulatrices, c’est un peu la foire à qui tuera qui et qui dégainera le premier. Un peu ça va, mais là….

Quant aux personnages, j’en reste légèrement sidérée. Ce n’est pas avec ce genre de livres que la cause féminine va gagner quelques points. Vivent les héroïnes totalement gourdes mais si touchantes quand elles sont ivres ? Bravo aux gourgandines dont on ne sait trop ce qu’elles ont dans la tête ? (moi j’y ai renoncé, cela change tous les 5 chapitres ou presque…)

Et puis presque tous les personnages sont heureusement là, qui avec ses connaissances, qui avec son histoire familiale, pour, ô quelle coïncidence, apporter le détail qui relance l’histoire. Mazette, en voilà une chance !

N'oublions pas le petit détail qui croustille et qui titille les libidos estivales ! Tout le monde a couché ou va coucher avec tout le monde… ah, c’est beau, l’amour….

N’allez surtout pas croire que je sois prude, loin de là ! Mais un minimum de crédibilité ne peut jamais nuire à une intrigue n’est-ce pas ?

Je veux bien que cette Sabrina succombe au charme ténébreux d’un bel homme aux tempes grisonnantes, allons-y dans les clichés, cela plait beaucoup. Mais aussi sympathique soit-elle, elle reste quand même un personnage caricatural… comme presque tous les autres dont je préfère ne rien dire. On pourrait croire que j’ai mauvais esprit.

 

Allez, je suis gentille, j’ai gardé le meilleur pour la fin... ou la faim !

Miam, miam, les descriptions des spécialités et repas tous plus tentants les uns que les autres. Ah, une Wienerschnitzel ! Les harengs gras ! Les petits oignons ! Des lekerleis ou autres latkes ! Noyés sous la vodka, et avec un petit cassoulet au milieu en guise de trou normand.

C’est bien alléchant tout ça… mais guère de saison. Est-ce bien raisonnable tant de nourriture garantie 10000 kcal aux 100 grammes alors qu’il fait 36° à l’ombre ? Est-ce un roman ou un guide gastronomique ?

 

Bon, pour conclure : ce roman dit « de détente » ne m’a pas détendu du tout. Trop de poncifs, trop d’invraisemblances, une construction à hue et à dia, des approximations quelque peu crispantes (zéro pointé en secourisme, c’est certain), une écriture quelque peu bâclée avec des énormités dans la syntaxe, des personnages frisant la caricature et une Arche qui reste ensablée.

C’est tout de même étonnant qu’un tel livre ait pu franchir les barrières éditoriales. Il y a nombre d’auteurs de talent, qui écrivent avec un réel souci de qualité, et dont les romans n’ont pas cette chance. Si nécessaire, demandez-moi des noms, j’en ai au moins une bonne dizaine à disposition que je peux révéler sans qu’il soit besoin de me torturer.

 

 

(1) Pas la peine de protester pour me signaler que je n’utilise pas « auteure ». Je m’y refuse, et puis c’est tout. Il y a d’autres combats plus importants à mener que l’ajout d’un « e » pour féminiser….. et de toute manière, le talent n’a pas de sexe.

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mazel 03/11/2010 11:41


j'étais tentée pourtant...
mais ton avis m'en dissuade...
bonne journée
bises


jo 21/07/2010 11:51


Coucou C,
Quand je n'ai pas lu l'ouvrage présenté, je glisse sur les premières lignes puis vole directement à la conclusion.
Celle-ci, lapidaire, m'autorise à prendre immédiatement connaissance de toute la chronique, car bien sûr, voilà un livre que je ne lirai pas ni ne conseillerai.
La vie de lecteur est trop courte pour ne pas éviter les écueils signalés par des vigiles avisés.
Alors pourquoi poster un commentaire?...
Juste pour dire merci.
jo


Bibliofractale 22/07/2010 10:56



Merci de ton passage !


Il y a tant de bons livres, il faut garder du temps pour eux :-)


De ton côté n'hésite pas à me signaler les pépites que tu déniches.


Bien amicalement, et au plaisir de ta prochaine visite.