Kolyma

Publié le par Bibliofractale

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Dans la vie il paraît qu’il faut faire les choses jusqu’au bout. Si vous commencez à tapisser les murs de votre salon, mieux vaut ne pas tout laisser en plan au bout de quelques lés. Si votre armoire est en kit, elle sera plus utile une fois entièrement assemblée. Par contre, comme je suis très contrariante, je peux affirmer sans trop me tromper que si vous vous rendez compte après une gorgée que votre flacon de sirop contre la toux est un bouillon de culture au goût saumâtre, mieux vaut en rester là. Et quand on commence une série de livres avec un personnage récurrent, il y a le risque de bonne ou de mauvaise surprise à la lecture du dernier tome paru.

 

Kolyma

Tom Rob Smith

Belfond (Noir) ; 402 pages ; 22 euros

 

Mais que devient Léo ? Quelqu’un a vu Léo ?

Nous avons laissé ce brave Léo tout ébouriffé et bien fatigué à la fin de «  Enfant 44». Passons maintenant à l’année 1956. Léo est à la tête d’un département de criminologie, mais il doit œuvrer discrètement. Il a adopté deux petites filles orphelines pour tenter de leur donner une vie meilleure, mais l’ainée, Zoya, le déteste et est prête à tout pour s’enfuir. Dans Moscou, une série de crimes étranges commence à inquiéter sérieusement. Ils sont liés à la parution d’un tract « officiel » de Khrouchtchev faisant le mea culpa gouvernemental, dénonçant certaines atrocités, jetant en pâture quelques noms. Staline est mort, les langues se délient.

Une affaire datant de 1949 va remonter à la surface, une affaire dans laquelle Léo, alors entièrement dévoué au Parti, n’a évidemment pas joué un rôle glorieux. Il va retrouver sur son chemin quelqu’un qui n’a rien oublié de cette époque et qui, pour se venger, enlève Zoya. La seule manière de la sauver sera de retrouver un prêtre déporté au terrible goulag de Kolyma.

Lui seul a le pouvoir de persuader les ravisseurs de rendre la jeune fille à sa famille adoptive.

Léo pense avoir un plan parfait : se faire passer pour un prisonnier afin d’approcher le prêtre, et ensuite tenter de le convaincre de coopérer en échange de sa liberté.

Mais rien, absolument rien, ne se passera comme prévu.

Normal ! Vous êtes en train de lire un thriller !

 

Ah, je l’ai retrouvé ! Mais c’était pas de la tarte ni même du goulasch !

On retrouve les personnages du roman précédent : la petite famille de Léo, ses amis, ses adversaires, placés cette fois dans un contexte un peu différent. Même si certains personnages continuent à être d’odieux manipulateurs, même si les mobiles d’autres restent aussi nébuleux qu’une matinée en plein fog, Léo peut bénéficier de quelques appuis pour mener sa mission à bien.

Enfin, à bien… c’est une façon de parler.

Le contexte historique est impeccable, l’auteur a potassé le sujet et cela se sent. Il a du talent pour restituer les ambiances paranoïaques, ambigües, et il n’hésite pas à malmener férocement ses personnages.

Ceux qui aiment les nombreux rebondissements très visuels, les astuces de fin de chapitre pour mettre en émoi, seront ravis.

Pas de souci, Tom Rob Smith sait y faire !

On imagine sans aucun mal une plus que probable adaptation pour le cinéma, il y a là toutes les ficelles et roublardises recensées comme étant efficaces.

Alors, c’est vrai, ceux qui ont aimé « Enfant 44 » auront plaisir à lire la suite.

Objectivement, je peux dire que ce roman satisfera un grand nombre de lecteurs.

Tout à fait subjectivement, j’ai eu moins de plaisir à le feuilleter que le roman précédent. La partie historique me semblait être une matière à proposer quelque chose de dense, que ne n'y trouve que partiellement. Et surtout,  l’intrigue me laisse un peu dépitée.

Ah, je n’ose imaginer ce qu’en aurait fait Robert Wilson, l’auteur de « Meurtres à Séville », que voilà que c’était de la belle ouvrage !

On tourne les pages parce qu’on veut connaître la suite. C’est bien la moindre des choses.

L’auteur atteint son objectif et séduira les amateurs de thrillers pour un moment de détente. Vous me direz : « c’est déjà bien ».

Oui, certes !

Mais c’est tellement prévisible…

Et moi j’aime bien, voire pire : j’exige qu’on me surprenne !

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