Hortensias blues

Publié le par Christine

Peut-être avez-vous à la maison quelque adolescent, un ou plusieurs enfants, ayant grandi bien trop vite à votre goût. Vous êtes fier d’eux, vous les couvez du regard avec tendresse, mais bon sang, où est la bonne époque où vous pouviez leur dire de bien se tenir à table, de ne pas dire de gros mots sans les voir aussitôt lever les yeux au ciel, ronchonner un « p’tain ! Ca craint dans cette baraque ! » ou quitter la pièce en menaçant d’appeler SOS enfants maltraités/brimés/incompri
s/privés de Playstation/en rade de forfait.

Alors vous ressortez les vieilles photos, les vieux films super 8, pour vous replonger dans l’époque bénie des premiers pas, des premiers gazouillis, et pour sourire aux premières bêtises.

Pour le livre dont je vais vous parler, c’est un peu la même chose.
Après avoir lu et adoré « Cézembre noire », je me suis mise en quête du premier opus de la série. Parce que ce n’est le tout de prendre un train au vol, ou de découvrir un personnage en pleine possession de ses moyens et dans la force de l’âge, il est toujours émouvant de le découvrir à ses débuts, avec ses maladresses, son potentiel et dans un décor en plein chantier. Pour qui s’attache à un personnage, c’est un plaisir de suivre le chemin qui l’a amené sur le devant de la scène, d’observer l’auteur l’ébaucher, le façonner, lui donner vie et profondeur.
Je suis partie à la rencontre des balbutiements du commissaire Workan. S’il se tenait très mal dans « Cézembre noire », j’ai abandonné bien vite l’idée de le voir mieux se comporter dans ses premières aventures. Cet homme-là est décidément impossible… et décidément sympathique !

Venez avec moi, je vous emmène faire une promenade de santé.


Hortensias blues
Hugo Buan
Pascal Galodé éditeurs
321 pages, 20 euros

Pour présenter l’intrigue :

Rennes, ville calme et tranquille, posée en Bretagne comme une perle dans son écrin, comme une fleur dans son parterre, comme une molaire dans sa gencive. Mais tiens, à propos de fleurs et de molaires, il s’en passe de belles à l’Albatros, un cabinet médical de la banlieue chic de la ville. On vient de découvrir le corps sans vie de Marotan, le dentiste. C’est un meurtre, à n’en pas douter… car il faudrait être drôlement étourdi ou atrocement bigleux pour confondre la tête de Marotan avec une balle de golf et lui laisser un club fiché dans le crâne. Ou pour confondre son arrière-train avec un vase. Parce que (et là, je prie les yeux chastes et les âmes pures de se détourner pudiquement un instant) Marotan a entre les…, enfin dans le…, bref quoi ! Appelons les choses par leu nom, et un magnifique hortensia bleu lui sort du trou de balle, apportant une note champêtre et romantique au décor.
Voilà une bien étrange affaire à résoudre pour Workan qui envoie ses fins limiers (qui s’entendent comme chien et chat) poser quelques questions à tous les occupants du cabinet médical. Entre deux chamailleries et deux envols de noms d’oiseaux, Lerouyer et Mahir arrivent à apprendre que non, personne n’a rien vu, rien entendu, et que si Marotan avait la fâcheuse habitude de sauter sur le premier string qui passe, il n’avait aucun ennemi et aucune raison de finir en pot de fleur un peu écrabouillé.
Les choses se compliquent lorsque le lendemain c’est au tour du collègue et partenaire de golf de Marotan d’exhiber son… , ses…, bref quoi ! Son postérieur avec un hortensia bleu en guise de thermomètre.
Pas de doute, quelqu’un en veut au corps médical et plus probablement aux dix médecins de l’Albatros. Il n’est pas un jour sans qu’un nouvel hortensia ne vienne fleurir un anus hippocratique. Les interrogatoires s’enchaînent, les pistes se multiplient. Avec son supérieur qui panique, madame le procureur qui joue à être sa meilleure ennemie, sans oublier la belle Leila Mahir venant perturber une situation familiale compliquée, Workan va laisser libre cours à son fichu caractère et à ses provocations jubilatoires.
Sa belle veste en lin n’a pas fini d’être froissée ou trempée de sueur.
Et puis d’abord, a-t-on idée de facturer un café trois euros ? Ca, c’est un comble !

Ce que j’en pense de façon totalement subjective et totalement assumée :

La naissance d’un nouveau personnage, c’est quelque chose !
Workan sort du chaos pour en semer un autre, joyeux, irrévérencieux, débridé. Ses coups de gueule et ses emportements sont largement à la hauteur du regard incisif et lucide qu’il porte sur le monde qui l’entoure.
Mais tout étant relatif, cette lucidité ne s’applique pas à sa vie sentimentale qu’il a bien du mal à gérer. Alors, l’ours des tanières se transforme en bisounours perdu dans la pampa pour la plus grande joie de Leila qui le transforme en pâte à modeler sous ses petites mains expertes et amoureuses.
Ce livre, au ton beaucoup plus léger que dans « Cézembre noire » se lit à une vitesse scandaleuse !
Ayant eu la très mauvaise idée de le prendre pour passer quelques moments dans une salle d’attente médicale, je n’ai pas pu m’empêcher de glousser, voire de rire franchement et ouvertement (même pas honte, ah que non !!) sous le regard réprobateur et outré de mes voisins.
Que la grippe A s’abatte sur eux !
L’intrigue tient la route, les personnages prennent vie sous nos yeux de fort belle manière et l’auteur se réserve le droit de nous surprendre jusqu’au bout.
Le style est enjoué, Hugo Buan a le sens de la formule hilarante ou bien sentie, du dialogue nerveux, de la répartie cinglante. Et quelques coups de patte bourrue non dénuée de tendresse parsèment ci et là un roman très agréable et divertissant.
Bon, il y a bien une ou deux coquilles, mais franchement quelle importance ? Les coquilles d’huitres permettent de trouver des perles.
Je tamponne délicatement mes yeux pour en effacer les larmes de rire qui y sont encore (ahhh, les gnous ! Grand moment !), je pose mon livre à regret, et je n’ai qu’un conseil à vous donner :

Allez chercher « Hortensias blues » chez votre libraire préféré, prenez Workan par la main et accompagnez-le dans ses premiers pas. Cet homme-là le vaut bien !
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