Green River

Publié le par Bibliofractale

green_river_.gifMes p’tits loups, je sais qu’il vous arrive de piquer des colères effroyables. D’avoir des visions d’apocalypse. Pas la peine de jurer sur la tête de votre percepteur que non !

Avouez que devant la profonde injustice de voir partir sous votre nez le dernier macaron caramel-beurre salé vous avez eu envie de sortir tronçonneuse ou lance-flamme turbo-nucléaire pour faire un massacre et réduire l’indélicat en train de se goinfrer avec VOTRE macaron à l’état de bouillie moléculaire.

Mais comme vous êtes bien élevés, vous avez grommelé un vague « m’en fous, j’préférais prendre la tarte aux quetsches », avec un sourire poli et crispé.

Imaginez un jour pouvoir réellement passer à l’acte. Impensable ?

Pas pour tout le monde.

Je préfère vous prévenir, ce qui suit risque d’être violent.

 

Green River

Tim WILLOCKS

Sonatine ; 410 pages ; 20 euros

 

Du principe de la cocotte-minute appliqué à l’univers carcéral….

Green River, pénitencier conçu au 19ème siècle avec les meilleures intentions du monde pour être un hymne architectural à la discipline et à la réinsertion. Bâtiment hexagonal surmonté d’une coupole de verre afin que chacun soit exposé en permanence aux yeux de tous. La meilleure des surveillances pour un comportement exemplaire.

C’est du moins ce que croyait Hobbes, le directeur, qui a consacré sa vie entière à cette prison. Mais ses illusions sont loin derrière lui désormais. N’ayant jamais eu les moyens de venir à bout de la violence, des trafics, de la drogue, des affrontements raciaux, il a décidé de frapper un grand coup.

Pendant ce temps, Ray Klein, chirurgien dans une autre vie et incarcéré suite à une plainte pour viol, se prépare à vivre peut-être sa dernière journée en prison. Dans moins de 24 heures, il espère obtenir une libération conditionnelle.

Ce qu’il ne sait pas encore, mais va découvrir très vite, c’est que Nev Agry, chef des « blancs » prépare une expédition de représailles pour récupérer Claudine, un travesti devenu sa compagne et qui a été transféré chez les « troncs », les « négros ».

Un incendie est déclenché, c’est la panique, fureur et violence se déchaînent et les massacres commencent.

Tandis que la majorité des gardes prend la fuite, se disant que tôt ou tard la guerre cessera faute de combattants, Klein apprend que Devlin, la jeune psychiatre judiciaire, s’est retranchée dans l’infirmerie. Infirmerie ou plus exactement mouroir. Malheur aux prisonniers atteints du SIDA, ils sont les prochaines victimes sur la liste des mutins.

Klein va devoir abandonner sa précieuse devise « rien à foutre » qui l’aidait à fermer les yeux et à survivre.

Ce sera une équipée sauvage, parsemée d’embûches, que celle de Klein en compagnie d’un géant psychopathe pour tenter de traverser la prison, d’atteindre l’infirmerie et de tenter de sauver ce qui peut l’être encore….

 

De l’augmentation constante du désordre dans un système isolé…

 

Dès le début du livre on plonge dans un univers âpre, sans concession, baignant dans une odeur de poudre, de sang, de déjections, de foutre. La violence est omniprésente, la haine un élément constant.

Il suffisait d’un rien pour que tout explose, et c’est l’objet du livre.

Si l’intrigue est mince : une révolte, un sauvetage, le reste ne l’est absolument pas.

Le véritable tour de force de ce livre est de montrer le mécanisme de la perte des repères habituels, de l’abandon des réflexes permettant une vie « normale ». Un simple mot, un simple regard peuvent suffire à vous faire perdre la vie.

Tout est exacerbé, tout prend une autre dimension.

Bienvenue dans le monde des rapports de force, là où tout se monnaie, où tout est corrompu.

L’univers carcéral est gangréné, il pourrit sur pied, l’odeur de la putréfaction saute aux narines pour ne jamais reculer.

Il se construit alors d’autres codes de conduite, d’autres repères, d’autres modes de survie. Troc, prostitution, aliénation, rivalités.

Même en prison il y a les nantis et les autres. Les puissants et les misérables. Tous coupables, même les innocents.

A l’extérieur, les comportements se lissent pour favoriser une vie sociale. Pas de murs contraignants.

Très paradoxalement, l’univers ceint de briques et de parpaings fait disparaître toute barrière morale préexistante pour en faire naître d’autres.

Et très curieusement cette lie, cette fange, cette boue nauséabonde, abrite quelques personnages flamboyants.

Le plus fou, le plus dangereux, n’est pas celui que l’on croit.

L’auteur, psychiatre et grand maître d’arts martiaux, dépeint avec justesse un monde mis en marge, un véritable univers en huis-clos reposant sur un baril de poudre.

Les personnages sont pour la plupart inexplicablement  attachants, il se crée une véritable curiosité avec une bonne dose d’empathie pour certains, et il est impossible de lâcher ce livre une fois commencé.

Lu en moins d’une journée, un roman noir d’une grande force, sans aucun manichéisme, prenant du début jusqu’à la fin.

Bien évidemment, âmes sensibles s‘abstenir.

C’est très cru, très descriptif, très violent.

J'insiste sur le "très". Ne venez pas râler ensuite, je décline toute responsabilité.

Un livre marquant et très réussi.

J'insiste sur le "très". Ne venez pas râler ensuite, j'assume totalement.

 

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