Fractures

Publié le par Christine

Aujourd’hui mes chatons il sera question d’un livre incontournable. Inévitable. J’allais dire indispensable. Bon, je ne le dis pas mais le pense quand même. L’auteur, tout en écrivant sur des thèmes quasi récurrents comme la mémoire, les traumatismes, l’identité, réussit à chaque fois à surprendre en allant vagabonder sur de nouveaux terrains. Ne vous fiez pas à son apparence souriante, aimable et très sympathique en pensant lire d’agréables bluettes. Vous feriez une grave erreur ! L’univers glauque, sombre, dense dans laquelle vous allez vous plonger est reconnaissable entre tous, pour le plus grand plaisir des lecteurs, obligés de passer une nuit blanche pour connaître le fin mot de l’histoire.

 

 

 


Fractures

Franck THILLIEZ

le Passage; 377 pages; 21,50 €


Le résumé improbable et décousu :

Plusieurs personnages vont vous prendre par la main.

Alice Dehaene est une jeune femme de 25 ans douce, fragile, mal dans sa peau,  suivie depuis un an par le psychiatre Luc Graham. Choquée lors d’une séance qui devait être décisive, elle prend la fuite, et ne reprend conscience de ses actes que deux jours plus tard. 

Claude, son père, qui entretemps a été agressé à l’arme blanche, est hospitalisé.

Julie Roqueval, assistante sociale en psychiatrie, porte secours dans la rue à un inconnu blessé, nu et hébété et l’emmène à l’hôpital où elle travaille. Et où travaille Graham qui l’attire vraiment beaucoup.

Luc Graham reste secret, inabordable, Julie se rend compte peu à peu que celui-ci vit avec un passé douloureux qui le hante.

Alice n’en peut plus de ses troubles de mémoire et décide de savoir ce qu’elle a pu faire pendant ses deux jours d’amnésie. Elle va découvrir que Dorothée, la sœur jumelle qu’elle croyait morte, intervient régulièrement dans sa vie. Et que de sa vie, elle n’en connaît que des fragments.  Julie, quant à elle, enquête sur le mystérieux inconnu hospitalisé, pour comprendre d’où il vient et quels sévices il a pu endurer.

Il y a bien sûr d’autres personnages mais il est impossible de tous les évoquer.

Qu’ont-ils bien pu vivre, eux dont les histoires vont se croiser, se recouper, dans un étrange ballet entre folie et traumatismes ?

 

Compte-rendu de l'hospitalisation :

Ce qu’il y a de très énervant avec les livres de F. Thilliez, c’est qu’ils sont pratiquement impossible à résumer ! Surtout celui-ci, d’une belle complexité et qui renoue en plus avec le récit « choral ». Nous ne suivons pas un personnage, mais plusieurs.

Grace à une construction bien maîtrisée, les troubles, traumatismes, fêlures, se révèlent peu à peu. L’univers obscur des méandres psychologiques est relativement facile à suivre, car l’histoire est fluide, racontée simplement, en alternant personnages et typographie, tout en montrant peu à peu un univers glauque et effroyable: celui des fractures de l’âme, bien plus dangereuses et perturbantes que de simples fractures.

Les traces sont profondes, les failles deviennent des gouffres.

L’histoire, bien ancrée dans un territoire entre Lille, Béthune, Boulogne sur mer ou Bray dune, fait la part belle à une région âpre et un contexte social non sans influence sur les hommes.

Pourtant, c’est une histoire universelle… celle de la survie, à n’importe quel prix, de n’importe quelle manière. Se préserver coûte que coûte, quitte à basculer dans l’inéluctable et l’insoutenable.

Un livre sur des bases médicales solides, qui explore un continent méconnu, le cerveau humain et ses fragiles rouages. Ce qui s’y passe est bien plus étrange et surprenant que ce que pourrait imaginer le meilleur ou le pire des récits fantastiques.

Il faut savoir que l’auteur a également fait ouvrir un blog et une page Facebook à son personnage, Alice, car les personnages de roman, c’est bien connu, échappent à leur créateur et ont une vie propre.

Alors, maintenant, que vous dire de plus ?

Lisez ce livre, vous allez frissonner, sursauter, palpiter. Il y a du rythme, des rebondissements, une ambiance sacrément réussie.

Je dois avouer que j’ai relativement rapidement eu une idée assez précise du fin mot de l’histoire. Mais je ne dois m’en prendre qu’à moi et à moi seule !

A force de lire tout ce qui me tombe sous la main, à force de farfouiller partout pour en savoir toujours plus, à force de fréquenter des psychopathes, et puis un peu aussi parce que je connais bien le sujet, je n’ai pas reçu l’effet de surprise en pleine figure comme je l’espérais. C’est rien que de ma faute, ça m’apprendra à être trop curieuse !

Cela n’empêche que j’ai tourné les pages à toute vitesse, car même si je voyais les engrenagesp lutôt clairement, j’ai voulu en avoir la vision d’ensemble et comprendre comment l’auteur allait faire fonctionner cette belle machine à donner des sueurs froides.

Et franchement, monsieur Thilliez, encore une fois c’est bluffant.

Lisez ce livre, je vous dis !

 

Commenter cet article