Eleanor Rigby

Publié le par Christine

Je n'aime pas les bonbons, mais il y a des exceptions.

Lu il y a un peu plus d'un an, ce livre reste cher à mon cœur. Il possède un petit truc, un charme en plus, un univers à part.
Entre roman et fable, cette histoire est un hymne à la vie, aux routes bien droites qui bifurquent sans crier gare, aux météorites qui déposent des fragments d'univers à nos pieds.
Pour toutes les Eleanor Rigby qui vivent dans leurs rêves, pour que le riz germe et devienne herbe folle.




Eleanor Rigby
de Douglas Coupland
le Diable Vauvert (encore une maison d'édition qui fait des choix audacieux comme je les aime); 298 pages;19 euros.

L'emballage et la composition du bonbon :
Liz Dunn a 36 ans. Elle se décrit elle-même comme morne, maussade et sans amis . Cela ne l'empêche pas de vivre dans son propre univers, bien barricadée, bien défendue par un sens sans pareil de la formule et de l'auto dérision. Car elle n’est pas dénuée d’humour, loin de là. Mais son esprit caustique et lucide est bien mal desservi par un physique ingrat. Elle n’attend rien de la vie, qu’une suite sans cesse répétée de jours à jamais identiques.
Pourtant les choses peuvent changer. Un inconnu, hospitalisé en urgence, se révèle être le fils qu’elle a eu lorsqu’elle avait 16 ans. Elle se rappelle bien d’une nuit d’ivresse, à Rome, lors d’un voyage scolaire... mais d'une folle nuit d'amour? Rien, pas le moindre souvenir ! Elle va apprendre à connaître ce fils, cet inconnu. Il est le petit grain de sable dans le rouage, le petit grain de folie qui fait tout déraper. Il est enfin temps de prendre la décision d’essayer de faire toutes les choses qu’elle n’osait pas tenter de peur de l’échec. Et lorsqu’une météorite atterrit à ses pieds, elle sait que plus rien ne sera comme avant.
Plus rien n’est impossible, pas même les retrouvailles, dans des circonstances rocambolesques, avec le père de son enfant.

Après dégustation :
C’est un livre moderne, à la fois ironique et tendre, sur la solitude. C’est l’histoire à la fois banale et fantastique d’une femme qui ose enfin. Avec de fréquents allers et retours entre passé et présent, l’auteur dévoile peu à peu la vie de son héroïne. Ce livre est écrit à la première personne : Liz Dunn nous parle, nous prend à témoin, elle nous brosse son portrait. Elle nous livre ses réflexions parfois cocasses et toujours pleines de bon sens.
La vision très, trop aigüe,qu'elle a d'elle-même est un enfermement volontaire, un rire parfois jaune pour ne jamais pleurer. Mais attention, rien de pathétique dans son récit! Liz est tellement attachante, tellement surprenante, que vous serez obligé de sourire. Bien sûr, Liz est seule, mais pas pour longtemps. Nous l'accompagnons dans sa transformation. Elle est une chrysalide en attente. De quoi, elle ne le sait pas encore mais elle pressent qu’un jour, peut-être, ce sera différent.
Elle nous embarque alors dans un tout autre univers, celui qu'elle décide de se construire, celui de la terra incognita jusque-là inaccessible qu'on foule enfin.
Jamais triste, ni morose, parfois nostalgique, souvent émouvant, très souvent drôle, ce livre est comme un petit bonbon acidulé et tendre qui fait d'abord plisser les yeux de surprise avant de les écarquiller de ravissement.

Publié dans roman étranger

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