Cézembre noire

Publié le par Christine

L’été s’achève.
Après de nombreuses baignades dans une eau à 24° voire 26°, après avoir fuselé mes mollets sur les sentiers des douaniers, après avoir humé la fragrance miellée des genêts, après avoir dégusté moultes galettes croustillantes et moelleuses nappées généreusement de beurre salé, après avoir admiré les couchers de soleil aussi flamboyants que les feux d’artifice malouins, après avoir pris un teint de brugnon grâce à un soleil généreux, après de nombreuses et chaudes journées, bref, après mes vacances bretonnes…Quoi ? Comment ? Qu’ouïe-je ? Vous doutez de ma sincérité et de mon objectivité ?
Sachez, jeunes impertinents, que la Bretagne est toujours ainsi à qui sait la regarder tendrement et l’apprécier. Elle offre de multiples facettes, toutes aussi fascinantes les unes que les autres.
Quel que soit le temps, ou quelle que soit la saison…. Il y a toujours des surprises. La preuve ?
La voici, la preuve !

Cézembre noire
Hugo Buan
Pascal Galodé Editeurs (une jeune maison d’édition malouine, donc fière, intrépide, et de bon goût)
319 pages, 18 euros

Résumé pas résumé du tout, mais à ma façon :
Cézembre, petite virgule de roche en face de Saint Malo, îlot minuscule de 18 hectares c'est-à-dire rien, Cézembre en novembre devrait être aussi lisse et dépouillé que le mollet d’un yéti après traitement anti-poux et épilation.
C’est ce que vous croyez ? Vous avez tort !
Alors que nous sommes à la veille du 11 novembre, cet îlot frôle la surpopulation. En plus de la famille Darec (père, fille, petit-fils) qui tient le Barge’Hôtel, on y croise deux scientifiques américains venus observer la faune, la flore, et la minéralogie locale. En novembre, quoi de plus normal me direz-vous. Oui, peut-être, répondrais-je, mais attendez la suite.
Nous avons là également cinq membres d’une famille d’industriels nantais réunis pour un séminaire. Il est évident que c’est l’endroit idéal et paradisiaque pour ce faire, surtout en cette saison.
Ajoutons Berty. Berty n’a pas de chance au jeu, Berty vient de perdre une grosse somme, et Berty pour régler sa dette doit se transformer en tueur à gages. Sa cible, il ne la connaît pas encore, mais elle est à Cézembre et pour le reste, une photo à recevoir sur son téléphone portable le renseignera. Lui pour qui le far-west commence au périph’ parisien, alors Cézembre….il en est malade rien que d’y penser.
Heureusement qu’il a réussi à convaincre Hale-ta-patte, un ancien d’Indochine reconverti en marin, de faire la traversée pour le déposer à bon port… enfin, bon port est une façon de parler car le bateau mis à mal par la tempête est un peu éventré et un peu échoué (euphémisme breton, dirait mon ami Cyrille).
Et puis pour finir, la cerise sur le gâteau, ou le bigoudi sur le cheveu, ou le poil à gratter dans le dos, arrive Lucien Workan. Commissaire de son état, flanqué de quatre subordonnés du genre insubordonnés, chargé d’avoir un œil sur les scientifiques américains. Car s’ils coopèrent peut-être officiellement avec l’état français, on ne sait jamais trop ce que ces gars-là peuvent mijoter.
Bien sûr, pour son arrivée on ne lui déroule pas le tapis rouge (Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais éviter cette phrase à propos d’une île découverte par saint Maclou au VIème siècle ? C’est mal me connaître)
Pour Workan donc, une mission presque de tout repos.
Presque.. à condition de ne pas tenir compte d’une très longue liste de détails vraiment empoisonnants : tempête, histoires étranges et inquiétantes racontées par le petit-fils Darec, garder en permanence à l’esprit que sur cette île transformée en champ de mines le moindre faux pas peut vous transformer en pâtée pour chat, présence de quelques fantômes de la seconde guerre mondiale, ou d’un lieutenant du genre féminin et du genre amoureux. Impossible de tout vous détailler, ce serait gâcher le plaisir de la découverte.
Et puis un dernier détail, un tout petit, juste légèrement contrariant : un meurtre dont le coupable est forcément un voisin de table….


Ce que j’en pense :
Je vais commencer très fort, je vous préviens.
(Mais c’est ma page et je fais ce que je veux !)
Dire que j’ai perdu plus d’un mois à tenter de me concentrer sur un autre livre encensé par les critiques, à me dire que je devais consciencieusement m’y tenir sans dévier sinon c’est sûr, j’allais le remiser tout en haut de mes étagères… Je me pensais irrémédiablement perdue pour la planète lecture car à lire sans plaisir la motivation diminue rapidement.
Mais ouf ! « Cézembre noire » attendait patiemment son tour et je lui présente toutes mes excuses pour avoir tant tardé à m’y plonger.
Il y a tout, mais vraiment tout pour passer un excellent moment de lecture :
Un commissaire comme je les aime, râleur, frisant la mauvaise foi, un tantinet rebelle (autre euphémisme breton), têtu, bourré de défauts, et donc de qualités, et donc très humain ;
Un personnage tel que Berty… ahh, Berty ! Malchanceux chronique, maladroit pathologique, le presque fil conducteur de l’intrigue et attachant en diable ; (je vous recommande tout particulièrement le moment de l'interrogatoire mené par Workan... j'en pleure encore de rire)
Des seconds rôles savoureux, certes nombreux, mais pas bâclés. Certains troubles, d’autres énigmatiques, ils permettent de pimenter ce roman et de lui donner un beau relief. L’auteur prend un malin plaisir à nous promener de l’un à l’autre, à semer détails et fausses pistes, à faire vagabonder notre imagination sans que jamais vous puissiez imaginer le mot de la fin ;
Une construction impeccable. Cet huis-clos sur trois jours à la sauce iodée fait monter la pression de façon irrésistible. Prévoyez les provisions à portée de main, une fois ce livre commencé vous en oublierez l’heure des repas ;
Documentation solide. On apprend vraiment tout un tas de choses et franchement, la prochaine fois que j’irai sur le sillon à Saint Malo, je regarderai Cézembre d’un tout autre œil ;
Style solide ! L’auteur est à l’aise, il se fait plaisir, il prend même le lecteur à partie, c’est dire s’il est dans son élément et s’en donne à cœur joie. Je trouve même qu’il se lâche davantage au fur et à mesure qu’il avance dans le livre et c’est fort agréable. Répliques savoureuses, sens de la formule, un ton souvent débridé et sans complexe, un humour là et bien là, sans oublier qu’Hugo Buan parle merveilleusement bien de la mer.
Et la chute ! Bien sûr, la chute ! Car rien n’est jamais si évident, parce que la vie est loin d’être une sinécure et un chemin parsemé de pétales de fleurs, parce que c’est une chienne qui ne fait que ce qu’elle veut, parce que l’âme humaine reste la plus vaste terra incognita, la chute est à la hauteur.
Donc, un conseil, préparez vous pour l’automne, je veux bien vous prêter mon bonnet de marin à rayures : enfilez-le et embarquez sans tarder pour Cézembre.
Et moi, et bien j’en reviens, et comme ce roman est le deuxième tome des aventures du commissaire Workan, que je le trouve fort sympathique, je vais me mettre en quête du premier tome : Hortensias blues.
(Parce que je m’en veux, mais je m’en veux d’être passée à côté. Pour une serial lectrice comme moi c’est à la limite du pardonnable)
Vivement le troisième tome !
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Commenter cet article

Sophie 12/07/2011 19:39


Et voilà, je suis convaincue, je vais commencer par Hortensias blues pour faire connaissance avec ce commissaire atypique !


HB 12/11/2009 13:04


Coucou Christine, je me dois de couper le ruban d'inauguration de ce futur grand site consacré aux polars. Moi et mes amis auteurs sont heureux d'être en de si bonnes mains.
Longue vie à Bibliofractale.


Christine 12/11/2009 17:55


Bonjour Hugo!
C'est gentil de venir car ça sent encore la peinture fraîche, il y a encore un peu de plâtre partout, et la décoration n'est pas terminée.
Merci d'inaugurer le début de l'aventure, et j'essaierai de mener la barque avec doigté et humour.
En ta compagnie, et en compagnie de tous les auteurs dont je me délecterai, trinquons pour que Bibliofractale vous fasse passer de bons moments.