Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils

Publié le par Bibliofractale

cesoir expert

Nous avons tous nos petits défauts, et nous vivons avec. Les seuls défauts insupportables sont ceux des voisins, ou des collègues, ou des inconnus croisés dans la rue. Que le premier qui n’a jamais pensé « non mais quel beau’f de base, celui-là ! » ou « mais elle se prend pour qui avec ses grands airs et ses odeurs de transpiration ? » ramasse un parpaing pour le laisser tomber sur ses orteils. Parce que c’est bien connu : la poutre, c’est dans l’œil du voisin qu’elle sert de charpente… et que l’enfer c’est les autres.

Nous, nous ne sommes pas comme ça. Jamais. Ou alors, vraiment très, très peu….

Et puis nous, c’est pas pareil….

 

Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils

Jacques Expert

Anne Carrière (Thriller) ; 254 pages ; 18 euros

 

Un verre, ça va. Trois verres… ça va aussi :

Quatre malheureux pastis de rien du tout. Il aura suffit de quatre pastis pour que la vie de Jean-Pierre Boulard ne soit plus tout à fait comme avant. Mais qu’est-ce qui lui a pris, à ce gosse, de se jeter contre sa voiture avec son vélo ? Mais quel petit crétin ! A cette heure-ci, juste à la tombée de la nuit ? Mais quels irresponsables, ses parents !

Ouf, personne ne l’a vu, le gamin est dans le fossé, et Jean-Pierre fuit sans demander son reste. En examinant bien la voiture, zut de zut !! le feu avant droit est un peu abimé, il y a quelques éraflures et des traces de peinture rouge. Sur la belle carrosserie verte, ça fait désordre, quand même.

Mais ouf,  rien qui ne puisse être réparé. Les assurances, hein, on leur laisse bien assez d’argent comme ça. Il faudra juste attendre un peu que l’enquête soit bien avancée et que l’affaire s’estompe.

Bah oui, quoi. C’est vrai que le môme est mort.

Parait même qu’on aurait pu le sauver s’il avait été secouru à temps.

Mais bon, Jean Pierre n’est pas un monstre, il faut qu’il pense à son boulot, sa famille, sa réputation, tout de même. Il est le bras droit du patron de la société Gaboriaud. C’est un homme respectable !

Le gosse qui est mort, c’était le fils d’Antonio Rodriguez, un ouvrier de la boite. C’est triste pour lui et pour sa femme, c'est sûr. Mais quoi... ils ont l’air de tenir le coup.

On pourrait vite passer à autre chose, la vie continue, après tout. D’autant plus qu’il y a un gars qui a avoué, un fainéant au chômage et ivrogne, en plus !

Alors, Jean-Pierre pense qu’il peut être tranquille.

Le seul souci, c’est que Christine, sa femme, commence sérieusement à l’énerver, avec ses soupçons. Est-ce qu’elle se douterait de quelque chose ?

Et puis, Antonio, devant le chagrin et la douleur de sa femme, n’a pas pu lui refuser de jurer qu’il aura la peau de l’assassin…

 

Et mes charentaises, elles sont où mes charentaises ? Et ma bière et ma pizza ? Et il y a quoi ce soir à la télé ?

Après nous avoir fait partager les pensées d’une femme pas tout à fait comme les autres mais qui aurait très bien pu être vous ou moi dans  la Femme du monstre , ou le quotidien d’un homme qui aurait pu être votre très ordinaire et courtois voisin de palier dans  La théorie des six , Jacques Expert reprend dans ce roman le style efficace et simple qu’il maîtrise parfaitement.

Ici, il ne regarde pas à la loupe les personnages un peu « hors normes ».

Bienvenu dans le monde moyen du citoyen moyen.

Les personnages interviennent à tour de rôle, dans un style simple, parlé, proche du témoignage ou du reportage. S’expriment tour à tour Jean-Pierre ou Christine Boulard, Antonio ou Sylvia Rodriguez. En faisant part de leurs sensations, de leurs émotions, de leur quotidien, ils deviennent proches et familiers. Qu’est-ce qui guide leurs actes ? Qu’est-ce qui les fait agir dans un sens ou un autre ? Rien que de très banal, rien que de très moyennement et ordinairement humain.

Plongés dans un drame, qu’est-ce qui va orienter leurs décisions ?

Qui n’a jamais eu à  formuler ou au moins penser ce genre de phrases à un moment donné ?

Jacques Expert continue son œuvre d’exploration du quotidien de français très ordinaires, de ceux que nous côtoyons, ou sommes !

Mesquinerie ordinaire, rancœurs croissantes, vengeances, souci du qu’en-dira-t-on, rôles à jouer….

Rien de manichéen, juste une description au scalpel, avec des mots de tous les jours, des phrases simples. C’est très réaliste, réussi, avec un suspense bien distillé.

Il est question de rendre justice. Oui.

Mais comment et à quel prix ?

Et... est-ce là l’essentiel du livre ?

Non.

Il y a eu un drame, il y aura un dénouement.

Mais seule la fraction de vie entre les deux est décrite ici.

Car elle pourrait nous concerner, tous autant que nous sommes.

Le monde décrit par Jacques Expert n’est pas une fiction.

Il est le nôtre.

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Commenter cet article

lucie 08/05/2010 15:48


ton billet est excellent, j'ai dévoré ce roman en détestant jean pierre. Ce sont les femmes au fond qui mènent la danse...


Bibliofractale 08/05/2010 23:42



Oui, tu as absolument raison ! Que ce soit dans ce livre ou dans "la femme du monstre", Jacques Expert campe des personnages féminins qui ne veulent plus être victimes et qui prennent leur destin
en main pour obtenir ce qu'elles veulent.


Merci de ta visite !