Autobiographie d'un virus

Publié le par Bibliofractale

autobiographievirusCertains ont peur des araignées. D'autres redoutent de croiser l'ami à qui ils ont emprunté 50 euros pour ne jamais les rendre. Certains ne supportent pas que la vendeuse acnéique de la boulangerie se gratte le visage avant de saisir la baguette de pain qu'ils veulent acheter. D'autres craignent que la fin du monde se produise en 2012.
Et oui, nous avons tous de légères lubies, de douces obsessions.
Mais tout le monde a peur des virus car il y en a toujours un à rôder autour de nos mollets en nous voulant du mal. C'est prouvé, c'est écrit dans tous les journaux !!
Ce livre n'est pas très récent, mais en y regardant de plus près, il est toujours d'actualité.

Autobiographie d'un virus
Eric NATAF
Odile Jacob ; 519 pages ; 25 euros

Commençons par le lavage simple des mains : savon doux, et on frotte bien 30 secondes au moins :

Année 2050 : Max Journo, sur le point de mourir, veut laisser un ultime témoignage sur ce qui a conduit à la fin de l’espèce humaine. Là commence son récit.
50 ans auparavant :   il  est un jeune biologiste chargé de recherches dans un centre d’insémination artificielle.  Il découvre lors de tests de routine une étrange maladie qui frappe les spermatozoïdes, rendant stérile une grande partie de la population masculine. Il alerte ses supérieurs, il faut réagir face à ce fléau.
Mais suite à une réunion scientifique ultra secrète entre spécialistes, la décision est prise de ne pas alerter la population. Il faut éviter la panique, il faut préserver certains intérêts financiers.
Et puis, il y a quelques détails troublants qu'il vaut mieux enterrer rapidement.
Journo refuse d'être ignoré, mis de côté, réduit au silence. L’orgueil, l’envie de reconnaissance, le poussent à laisser filtrer quelques renseignements dans la presse. Quelques grand pontes avides de pouvoir tentent de faire pression, en vain.
Il tente d'en savoir plus. Seul tout d'abord, avant d’être contacté par Julia, une de ses anciennes élèves devenue une brillante virologue. Elle aussi a son mot à dire dans ce qui s'annonce être une catastrophe mondiale à court terme.
La recherche du virus, de son point de départ, de son histoire, de son mode de propagation, de ses dégâts, tout ceci ressemble fort à une enquête policière à résoudre.
Il en va de la survie de l’espèce.

Si le lavage simple ne suffit pas, passons à la désinfection :

Voici un roman policier appartenant clairement au genre "anticipation".

Oh bien sûr, il n'y a pas à s'y tromper, c'est marqué "fiction".

Vous pensez naïvement que c'est hautement improbable...

Après avoir tourné la dernière page, vous changerez certainement d'idée.

Evidemment, le style n’est pas à proprement dit « littéraire », mais le lecteur découvrira, avec beaucoup de précisions et un grand sens de la réalité, comment fonctionne une certaine recherche scientifique.

Un monde dont l'auteur connaît quelques recoins bien sombres, un monde qu'il décrit de l'intérieur, en nous proposant une visite guidée riche de détails.

Certains sympathiques, d'autres à faire froid dans le dos.

On se doutait bien que tout n'était pas toujours tout rose dans l'univers des blouses blanches, mais là... il y a de quoi frissonner.

De plus, l’écriture de ce récit est à trois voix : Max, Julia, et une troisième extrêmement dérangeante.

Celle du virus. 

Et il a beaucoup de choses à nous raconter, le bougre !

Cela pimente et donne un caractère particulièrement intéressant à cette lecture.

Il y a les ingrédients de base essentiels à tout roman de ce genre : rebondissements, personnages pris dans la tourmente, une histoire d'amour naissante, un style très visuel.

Mais pas que!

Quelques réflexions bien senties sur les manipulations génétiques, sur le pouvoir, sur le fait que l’Homme joue à être Dieu, donnent à réfléchir.

Peut être quelques longueurs, certes. Et un style parfois sec, certes.

Mais ce livre entre thriller et réalisme nous force à réfléchir, car l'écriture sous la forme d'un récit en flash-back rend le lecteur plus attentif aux subtils rouages du désastre.

Les pires serial killers sont invisibles à l'oeil nu, et ils se cachent parmi nous...




Commenter cet article