Oh! Une visite?!

Voyageur innocent ou inconscient, curieux, ou mordu de polars, toi qui échoues ici sois le bienvenu !
Tu découvriras ici quelques unes de mes lectures, quelques unes de mes impressions, quelques unes de mes aventures dans le monde du roman policier.
Ou du romantoutcourt, parfois.
Le choix est subjectif, intuitif, impulsif, tout comme le sont mes commentaires et digressions.
Et alors? C'est mon chaudron, j'y concocte mes recettes, un peu d'audace que diable!
Nous ne serons pas toujours d’accord, et je m’en réjouis à l’avance.

Faisons connaissance et papotons ensemble. Bienvenue dans mon univers !

Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:27

crepusculegueux hsardAvec la multiplication des pétitions en ligne, des « cliquez ici pour dire oui/non/bah » ou autres engagements à distance, il est tellement simple de se sentir la conscience tranquille et de se dire qu’on se mobilise pour les autres.

En oubliant très souvent que les autres, ils sont souvent juste à côté. Dans la maison d’en face. Sur le trottoir qu’on vient d’éviter. Chez l’ami dont on ne prend plus de nouvelles depuis longtemps parce que ça craint.

C’est tellement plus facile de retourner devant son poste de télévision ou son ordinateur.

De courir après un bonheur qu’on obtiendra, c’est sûr, plus tard.

Et si nous allions pour une fois faire un tour sur le quai voisin ?

 

 

 

Le crépuscule des gueux

Hervé SARD

Krakoen

290 pages ; 11,20 euros

 

Selon que vous serez puissants ou misérables…*

 

Le long de la voie C du RER, à portée de vue des petites maisons coquettes et paisibles de Chaville, une zone de quelques centaines de mètres carrés surnommée « le quai des gueux ».

Là, quelques constructions de tôle, de plastique, de récup’. Quelques habitations de bric et de broc qui offrent un toit à une poignée d’individus. Pas vraiment des SDF, pas vraiment des mendiants, mais bien des laissés-pour-compte de la belle société de consommation. Depuis plus de vingt ans ils y vivent en autarcie. Jardinage, récolte de champignons ou baies dans le bois proche, quelques petits boulots occasionnels. Cela suffit. Capo, Bocuse, Krishna, Betty Boop et Môme utilisent tout ce qu’ils trouvent pour améliorer un quotidien qui, bien que frustre, n’est jamais triste.

Depuis peu, Luigi les a rejoints. Il vient de sortir de prison où il a passé dix-sept ans et la petite communauté lui a fait une place. Capo et Môme le connaissent bien, car c’est avec lui que le quai des gueux a été créé.

Seulement voilà, à quelques jours d’intervalle on a découvert trois cadavres féminins le long des rails. En sacré piteux état. L’œuvre d’un dingue, forcément.

Et qui risque d’être suspecté en premier ? C’est pas que les gueux soient coupables de délit de sale gueule, mais quand même un peu, si. Surtout Luigi avec ses antécédents.

Alors Môme lui dit de prendre la fuite, d’aller se mettre au vert un peu plus loin, lui et le caddy déglingué qu’il traîne partout avec lui et n’abandonnerait pour rien au monde.
Luigi prend la route. Il a une adresse, un but : revoir Lula à qui il n’a jamais cessé de penser pendant toutes ces dernières années.

Pendant ce temps l’inspecteur Évariste Blond mène l’enquête. Flanqué de Christelle Augier, une stagiaire qui n’a pas sa langue dans sa poche. L’idéal serait d’infiltrer le quai des gueux pour démasquer le coupable. Ou trouver au moins un témoin ?

L’affaire ne s’annonce pas simple à résoudre.

 

La vie pourrait être si belle
Si l'on voulait vivre d'abord
Pourquoi se creuser la cervelle
Quand y a du bon soleil dehors ! **

 

Il y a bien sûr une intrigue policière. Avec des meurtres, des coupables potentiels, et une intrigue bien ficelée. De quoi plaire très largement aux amateurs les plus difficiles, et on pourrait sans aucun problème s’en contenter.

Mais ce n’est pas tout, loin de là !

Il y a surtout une formidable galerie de personnages, tous attachants, que l’on découvre de deux manières différentes.

Via le regard porté sur eux par le duo d’enquêteurs, ce même regard que nous portons sur cet univers des « gueux », sur ces individus que nous préférons ignorer la plupart du temps. Parce que, on ne sait jamais, des fois que la misère serait contagieuse ? Ou que ça nous ferait mal aux yeux, mal au cœur ?

Via une immersion au sein du quai des gueux. Et ces gueux-là, ils en ont des choses à raconter. Petit à petit nous découvrons leur vie, leur quotidien, leurs joies ou leurs peines. Il y a dans ce livre quantité de petites phrases marquées au coin du bon sens. Ou justes. Ou drôles. Ou tendres. Ou plus souvent le tout à la fois.

Les titres des chapitres sont à eux seuls de véritables pépites. Alors, les chapitres eux-mêmes…. Je ne vous raconte même pas.

Sans une onde de voyeurisme ou de misérabilisme à deux sous, jamais, et encore moins d’ironie car lorsque l’humour montre le bout de son nez, c’est toujours dans le plus grand respect des personnages, Hervé Sard nous montre que les plus cabossés ne sont pas où l’on croit, que la dignité est partout.

Et que « civilisation » et « consommation » cachent bien plus de sordide que les endroits que d’aucuns jugeraient « défavorisés ».

Un livre riche, profond et tendre, avec un ton juste, un style qui colle parfaitement aux personnages, un livre à la fois noir et pourtant souvent d’une grande douceur.

C’est un bon et surtout beau roman.

 

On pourrait en parler des heures, ou en écrire des pages. C’est ce que j’aurais envie de faire, mais le plus simple est encore de le lire.

Ce que je vous conseille de faire sans tarder !

Car tant qu’il y aura des auteurs comme Hervé Sard pour aller débusquer l’humanité qui s’éloigne chaque jour un peu plus loin d’un monde qui oublie que le bonheur tient souvent à peu de choses, la nuit attendra encore un peu avant de tomber…

 

 

*Jean de la Fontaine « les animaux malades de la peste »

** Edith Piaf « Tout fout l’camp »

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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 09:54

bistouribluesNous sommes toujours avides d’informations, de « bons tuyaux » que l’on s’échange presque sous le manteau.

Cela va de l’adresse du salon de coiffure branché à celle du petit primeur qui choisit  ses melons exclusivement chez les producteurs de Cavaillon. De l’école maternelle qui transformera votre petit dernier en futur Einstein à la kinésithérapeute aux doigts de fée.

Ou du garagiste très pro et pas cher du tout, pas comme ce concessionnaire qui vous arnaque pour la moindre vidange.

Ou du médecin qui saura rassurer l’hypocondriaque que vous êtes sans vous envoyer illico enfiler une blouse blanche à longues manches.

Parce que la santé, c’est sacré !

En général…

 

 

 

 

Bistouri Blues

Kleinmann-Vinson

Le Masque

252 pages ; 6,20 euros

 

 

Vous savez, capitaine, la médecine c’est un peu comme une enquête policière, un petit indice peut parfois donner la solution…

 

Un vol à main armée dans une banque, rien de que très banal.

Mais un braquage au pistolet harpon, dans une salle d’opération, et par un homme grenouille ! … avouez que même dans vos rêves les plus fous vous n’y auriez jamais pensé.

Pourtant c’est ce qui vient de se produire à l’hôpital Lariboisière, et le docteur Benjamin Chopski n’en revient toujours pas d’avoir dû remettre sous la menace la vésicule biliaire en très mauvais état qu’il était en train d’enlever.

Le commissariat du 18e charge le capitaine Cush Dibbeth de mener l’enquête. Cela tombe bien, Cush et Benjamin se connaissent depuis longtemps. Même s’ils évoluent dans des univers très différents, leur peu de goût pour les conventions et leur passion pour leur travail ont cimenté solidement une amitié de longue date.

Se demandant ce qui pourrait bien justifier le vol d’un organe normalement destiné à la destruction, Cush Dibbeth essaie de découvrir s’il y a eu des précédents. Et à sa grande surprise, oui !

Des individus opérés en urgence. Provenant pour la plupart d’Éthiopie ou du Pakistan. Tous tatoués d’un mystérieux BM en bas du dos. Des organes qui disparaissent. Ou qui révèlent, lorsqu’on en retrouve la trace, un contenu n’ayant rien à voir avec les manuels de physiologie.

Des chirurgiens qui se fréquentent via les séminaires et colloques internationaux, étroitement liés à un organisme humanitaire apparemment au-dessus de tout soupçon.

Et une carte géographique sur laquelle on peut cercler de rouge Moscou, Kaboul, Karachi ou encore Djibouti.

Il y a de quoi se poser quelques questions, non ?

L’aide éclairée de Benjamin ne sera pas de trop dans une enquête dont les éléments ressemblent à un inventaire à la Prévert : une vésicule, une poudre blanche, un origami, un transsexuel, des chats, un jus de banane-mangue. Liste non exhaustive, bien sûr.
Et le raton-laveur ? Ma foi, il blanchit l’argent d’un drôle de trafic international plus proche du terrorisme que du serment d’Hippocrate…

 

« C’est sûrement à toi de couper le gigot…tu es chirurgien, non ? » Benjamin entendait cette rengaine à chaque repas. Ça l’énervait. Il détestait couper le gigot. « Désolé mais moi, je ne charcute que les humains et vivants, encore ! »…

 

Voilà un petit livre qui démarre sur les chapeaux de roue et qui ne connaît aucun temps mort. Entre la galerie de personnages tous plus décalés les uns que les autres, l’enquête menée tambour battant par Cush Dibbeth et son lieutenant, ou les découvertes surprenantes, tout va vite, très vite. Entrez et sortez des salles d’opération, participez aux colloques, parcourez différents manuels d’urgences abdominales ou de diagnostics, interrogez médecins ou infirmiers, le tout entre deux pliages d’origami ou deux morceaux de jazz.

L’écriture à quatre mains par Philippe Kleinmann et Sigolène Vinson est fluide, nerveuse, et donne un style jubilatoire et énergique. On sent bien que les deux auteurs ont pris un grand plaisir à la rédaction, donnant libre cours aux clins d’œil ou traits d’humour à l’enthousiasme communicatif, ou à quelques uns de leurs éléments de prédilection. (ahhh, la revue Ciel et Espace… que l’on retrouve d’ailleurs dans  Double hélice  ! Mais ce n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres.)

Entre l’Éthiopie chère à l’une, et la médecine, terrain de jeu préféré de l’autre, le mélange des deux donne un résultat hybride qui fonctionne ma foi très bien.

Personnages savoureux (Cush Dibbeth au prénom de fier guerrier éthiopien qui fera sourire les nostalgiques d’Hugo Pratt, variation sur les Dupont-Dupond, j’en passe et non des moindres, la liste serait d’ailleurs intéressante à faire) intrigue trépidante et atypique, situations cocasses, autant d’éléments pleins de tonus et d’imagination qui ont tout pour séduire les lecteurs.

Quant aux passages en salle d’opération, ils allient le sérieux d’un professionnel passionné par son métier, et l’humour du carabin. Après tout, nous ne sommes qu’alliage de pièces détachées à bricoler avec toute la rigueur (et le flegme pince-sans-rire) qui se doit !

 

Pourquoi parler maintenant de ce petit livre paru en 2007 ?

Parce qu’il a reçu le prix du roman d’aventure, d’une part.

Parce que la suite paraîtra prochainement d’autre part et qu’il serait vraiment dommage de ne pas avoir fait au préalable connaissance avec cet improbable et merveilleux tandem que forment Cush Dibbeth et Benjamin Chopski.

 

 « Bistouri Blues » … il y a peut-être « blues » dans le titre, mais voilà un roman sympathique qui n’engendre certainement pas la morosité !

 

 

 

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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 23:14

beckenra city hbEntre les voisins sans-gêne, les employeurs tyranniques, la guichetière qui est partie depuis deux heures prendre son café et le malotru qui vient de vous chiper sous le nez la dernière place libre du parking alors que vous aviez consciencieusement mis votre clignotant, avouez, mes p’tits loups, qu’il y a de quoi s’énerver certains jours.

Et je ne parle même pas de votre meilleure amie qui ne vous téléphone que pour vous emprunter votre cachemire préféré.

Ni de Michel-Gustave qui vient de renverser votre bouteille de Grands Échézeaux 1959…

Que celui ou celle qui n’a jamais eu envie de connaître l’adresse perso d’un tueur à gages lève le doigt !

Personne ?

 

Je m’en doutais un peu…

 

 

 

J’étais tueur à Beckenra City

Hugo BUAN

Pascal Galodé éditeurs

263 pages ; 20 euros

 

J’avais acquis tellement de connaissances dans les Forces Spéciales, que ça aurait été un gâchis de ne pas les utiliser. Je ne défendais aucune cause précise si ce n’est celle de l’argent…

 

Qui peut se targuer de connaître réellement Leonard ? Découvert à l’âge de seize ans inanimé sur un trottoir de Beckenra City, orphelin sans mémoire ni passé devenu pupille du Roi, il a servi son pays pendant quinze ans avant de redevenir un anonyme dans la foule.

Mais un anonyme ayant une connaissance parfaite des armes, doté d’un sang froid à toute épreuve et d’une capacité d’analyse sans faille. Aucun état d’âme, aucune passion connue. À part le frisson que donne la sensation d’avoir une cible en ligne de mire.

Leonard est un tueur à gages.

Et rien ne peut le détourner des missions qu’on lui confie.

C'est une qualité très appréciée par son employeur, le juge Laupper, qui se fait fort d’utiliser la main armée de Leonard pour nettoyer la ville de la racaille qui y pullule. Ou des notables qui ne partageraient pas son sens du devoir.

Prochain contrat : éliminer Luth Miller. Pas une criminelle, pas n’importe qui.

Luth Miller, la bourgmestre de Beckenra City !

La tâche ne s’annonce pas aisée. L’approcher, déjà, n’est pas si simple. La villa de Luth est sous haute protection. Ses bureaux aussi. Et par le biais de son mari, pas mieux.

Peut-être que le prochain « Bal des débutantes » serait l’occasion idéale pour se trouver face à elle ? Faire un peu connaissance, trouver la faille, peaufiner une stratégie.

Mais voilà que les obstacles surgissent de tous les côtés.

Luth Miller est aussi belle que manipulatrice.

Beckenra City, sous ses allures de fière cité lisse et sûre, cache une fange aussi traîtresse que le Fleuve qui la coupe en deux.

Leonard va rapidement réaliser que de tueur à gages il est en train de devenir cible.

Pourtant, pas question de renoncer. Un contrat est un contrat, celui-ci sera mené à bien comme tous les autres.

Quoi que cela puisse en coûter.

 

 

J’avais fait mien le précepte : « Pour être heureux il faut vivre caché ». On me rétorquera que ce n’est pas en allant bousiller un maximum d’individus que je mets en principe cet adage, mais qu’est-ce que vous voulez, on a tous nos failles et nos faiblesses…

 

Hugo Buan met entre parenthèses les aventures du commissaire Workan pour proposer ici un roman à part.
Plus noir, plus dense, et un héros qui ne l’est pas moins. Qui évolue dans une cité créée de toute pièce avec un incroyable sens du détail. Histoire, contexte géographique, social, ou politique, sans oublier l’urbanisme ou l’architecture.

Et dans cet univers de fiction mais pourtant ô combien proche de certaines réalités, Leonard. Un personnage qui a tout pour inciter méfiance et répulsion. Et auquel on s’attache malgré tout.

Car Hugo Buan a le chic pour rendre attachant le pire des individus grâce à un dialogue, un élément surgi du passé, une réflexion, un petit rien ou un danger, tous ces éléments partagés avec le lecteur et qui font que la lecture n’est jamais passive.

Ici comme partout ailleurs, il ne faut pas se fier aux apparences. Leonard est un colosse aux pieds d’argile, la belle cité repose sur des marécages, et celui qui croit maîtriser la situation trouvera toujours plus retors que lui.

Un roman plus sec, plus nerveux, plus direct, que l’auteur veut complètement à l’opposé de ce qu’il proposait habituellement, mais dans lequel on retrouve son style ainsi que son sens du dialogue. Percutant, bien sûr. Parce que chassez le naturel…

Et ne cherchez pas la petite bête dans le récit. Hugo Buan en maîtrise les rouages, soigne les détails, emboîte tous les éléments qui s’enchaînent de manière implacable.

La base de l’intrigue, celle du tueur qui devient proie, a été maintes fois utilisée.

Classique ? Vous pensiez être blasé ?

Ne pariez pas un caramel mou là-dessus, vous seriez perdant.

Corruption, traquenards, manipulations, héroïnes fatales et héros acculé, tout ceci est revisité de manière énergique et ne laisse guère de répit jusqu’au point final.

 

Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, aussi peu réussie et alléchante qu’une tranche napolitaine oubliée en plein soleil.

Fiez vous plutôt à votre instinct qui vous avait fait aimer les livres précédents de Hugo Buan.

Celui-ci vous surprendra, et vous l’aimerez aussi.

 

Depuis son premier roman, Hugo Buan construit une œuvre, une bibliographie qui n’a rien à envier à personne.

 

C’est du bon boulot, c’est bien écrit, c’est prenant du début jusqu’à la fin, et on en redemande.

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Dimanche 1 avril 2012 7 01 /04 /Avr /2012 20:53

bluejayway colinSacré Jean-Ferdinand ! La dernière fois que nous nous sommes vus, il m’a raconté ses dernières péripéties à Beurk-City. Qu’est-ce qu’il parle bien, c’est fou ! Beurk-City en devenait passionnante, échevelée, drôle. Et les gens qu’il a rencontrés ! Incroyable, cette galerie de personnages, ce qu’ils ont pu dire, ce qu’ils ont pu faire.

Oui mais voilà. J’étais hier à Beurk-City. Et Beurk-City, c’est pas du tout, mais alors pas du tout ce qu’en a décrit Jean-Ferdinand. La magnifique place du Carrousel ressemble à une décharge publique, le sympathique patron du bistrot est un mal aimable dégrossi au burin, et la petite serveuse blonde avec qui il a eu une aventure torride m’a dit en riant : « Quoi ? Moi avec ce nase ? C’est une blague ou quoi ? »

Où se situe la réalité, dans les souvenirs de Jean-Ferdinand, ou dans les miens ?

Où commence la fiction ? …

 

 

Blue Jay Way

Fabrice COLIN

Sonatine

479 pages ; 22,30 euros

 

Comment supporter le réel au temps des caméras ? Comment s’émouvoir encore et craindre ce à quoi on ne croit plus ?   *

 

Julien, français par sa mère et américain par son père vit aux États-Unis depuis la fin de ses études. Admirateur de la romancière Carolyn Gerritsen, il la contacte pour lui proposer d’écrire non pas une biographie, plutôt un genre d’étude sur elle et ses œuvres.

Mais le 11 septembre 2001, Julien apprend la disparition de son père dans le crash du vol 77 American Airlines sur le Pentagone. Sa vie bascule. Il se sépare de la femme qu’il aime, ses travaux littéraires n’avancent guère, ses nuits sont peuplées de cauchemars. Julien cherche désespérément un sens, une explication à la mort de son père.

Ce ne sont pas les théories du complot fleurissant sur les forums qui l’aident à y voir plus clair. Ni le mystérieux Gavin qui lui envoie texto sur texto et semble savoir beaucoup de choses sur sa vie.

Puis il revoit Carolyn. Constatant le désarroi du jeune homme, elle lui propose alors un job très bien payé : prendre soin de Ryan, son fils, dont les mauvaises fréquentations l’inquiètent et dont Larry, son ex-mari, ne s’occupe guère.

Larry, un nabab de Hollywood ayant fait fortune dans la télé-réalité et qui n’a pas hésité à y mettre son propre fils en vedette sans se soucier des conséquences…

 Julien accepte. Il va à Los Angeles et découvre d’abord la somptueuse villa de Larry : Blue Jay Way.

Puis ensuite, ses habitants.

Luxe, désœuvrement, démesure.

Tout va se détraquer à un rythme qui ira crescendo.

En parallèle, on suit le parcours de deux enfants : Jacob, dont la mère s’est suicidée et dont le comportement de plus en plus psychotique ne laisse guère d’espoir de guérison.

Et Scott, remarquablement intelligent. Mais manipulateur et sociopathe au plus haut degré.

Trois destins différents.

Quel est le lien entre eux ?

 

Ce qui devenait clair, désormais, c’est que plus rien ne le serait jamais. Le brouillard était indissociable de cette ville, comme les caméras mouvantes ou la faille de San Andreas : il servait de substance aux fantômes et aux anges, et contribuait à maintenir leur monde en vie… *

 

Ce qui peut passer pour un long résumé n’est qu’une approche superficielle d’une intrigue beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.

Il y a des meurtres et des manipulations. Des personnages troublants et d’autres qui sont perdus. Des vies qui s’écrivent et des histoires meurtrières.

Avec pour fil conducteur Julien, un Frenchie qui ne comprend plus rien au monde qui l’entoure en général, et à ce monde-là en particulier.

Car nous sommes à Los Angeles ! La ville où tous les scénarios sont possibles. Personnage à part entière, elle prend les humains dans ses toiles et les projette sur écran géant. Ou les enfouit dans ses brumes qui troublent la vision et faussent les perspectives.

L’auteur multiplie clins d’œil, vraies références, fausses identités et le lecteur pris au piège assiste à la projection sans pouvoir sortir de la salle.

L’intrigue se met lentement en place, le temps de bien comprendre le « back ground » des personnages, de bien voir les décors. Mais est-ce là le plus important ?

En coulisse, quelqu’un tire les ficelles et les resserre de plus en plus.

Tout en attirant votre attention ailleurs.

 

C’est l’histoire d’un homme qui raconte une tranche de vie. Ou une histoire. Qui ressemble furieusement à une mise en abyme qui se loverait en boucle autour d’un thriller.

Où se termine la réalité, où commence la fiction ? Quelle est la nature même de cette fiction ?

Dans un monde sans repère ni borne, quelle est la limite au possible ?

Le destin n’est-il qu’un scénario comme un autre ?

 

Un livre bien écrit et bien construit.

Qui suscite un intérêt qui va grandissant au fur et à mesure de la lecture.

Bien sûr il y a une intrigue et du suspense. Et vos nerfs seront mis à rude épreuve, croyez-moi.

Mais ce serait réducteur de s’y arrêter.

Il y a beaucoup plus à explorer.

Et c’est dans ces zones-là qu’il faut aller.

 

Un livre prenant, original, et un auteur à suivre.

 

 

* Phrases extraites du roman.

 

 

 

 

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Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 10:18

alafolie marmetFatigués de ce monde chaotique où tout va mal ?

Las des romans tellement cyniques qu’ils vous donnent envie de sauter par la fenêtre ?

Besoin d’un peu de légèreté pour faire une pause ?

Oui, mais soyez rassurés : sans délaisser complètement votre univers polardeux car je vous vois déjà en train de culpabiliser.

Trouvons un compromis.

 

 

 

À la folie

Pascal MARMET

France-Empire

175 pages ; 19 euros

 

Toute passion est désir d’éternité … *

 

Pascal Langle est propriétaire d’un théâtre à Nice, qu’il essaie de maintenir à flot et hors de la portée des promoteurs. Il vit surtout avec le souvenir de Ludmilla, morte dix ans auparavant. Elle a été et restera son seul et unique grand amour. Et voilà que le destin fait réapparaître Ludmilla dans sa vie.

Ou plutôt : les cahiers de Ludmilla. Confiés par la belle et secrète jeune femme à son psychanalyste, ces journaux intimes doivent, à la mort de celui-ci, revenir aux personnes indiquées sur leur première page. Le notaire chargé de la succession contacte Pascal Langle, qui se trouve désormais en possession du cahier numéro onze.

Le dernier de la série.

Pascal se dit que ces cahiers lui permettront enfin d’en savoir un peu plus sur le passé de la femme qu’il aimait, et va tout faire pour tenter de connaître l’identité des dix autres destinataires.

Sa route va croiser celle de Joanna Marcus, qui a entre les mains le cahier numéro trois. Joanna, qui est une jeune fille au caractère bien trempé, utilisant son culot et sa roublardise pour réussir dans la vie et oublier ses blessures d’enfance.

Mais voici que les ennuis s’accumulent autour de Pascal Langle. Cambriolages, incendie de son théâtre, officiers de police plus que soupçonneux à son égard. Et cette Joanna qui lui donne des rendez-vous pour lui filer ensuite entre les doigts...

Les mystérieux cahiers de Ludmilla semblent être tels les cailloux du petit Poucet, suivis par des personnages curieux de leur contenu, ou désireux d’en effacer à tout prix les terribles traces.

Car ils mènent à une effroyable révélation…

 

Mais tout va bien ! pensa-t-il. Cambriolage, vol à l’arraché, re-cambriolage, vol à la roulotte, et maintenant, ça ! Je suis une encyclopédie du fait divers ! Il manque juste un tremblement de terre. Alors oui, je vais bien…*

 

Après ce résumé, faisons maintenant le point.

Qualifié de « thriller romantique », ce livre penche davantage du côté romantique que du côté thriller dont il n’emprunte que quelques rouages, qui entretiennent le suspense, mais développés de manière inégale. L’idée de départ de cette intrigue est intéressante, avec des thèmes comme l’obsession ou la folie meurtrière. Il y avait matière à développer, à donner plus de noirceur, plus de densité. Mais en refermant le livre, ce n’est pas ce qui reste en mémoire

Car finalement il s’agit là d’un roman d’amour sur fond de suspense, pas d’un thriller pur et dur.

Parmi les destinataires de ces cahiers, seuls certains s’expriment à la première personne. Et comme je suis du genre à me poser des tas de questions qui m’empoisonnent l’existence, j’ai essayé de comprendre pourquoi eux, et pas tous. C'est un détail, certes ! mais à chacun ses lubies, surtout quand la réponse vous échappe  

Par contre, Pascal Marmet sait camper ses personnages. Joanna Marcus ne manque pas de piquant, Pascal Langle a tout du beau brun ténébreux et inconsolable, on a envie de les suivre dans leurs aventures.

Il y a de nombreux rebondissements. Révélations et retournements de situation s’enchaînent vers la fin à un rythme soutenu. Jusqu’au happy end.

En fait, ce qui a capté mon intérêt, c’est le style - fluide, léger, et enlevé -, quelques passages bien trouvés, ainsi qu’une manière particulière de nimber les situations d’une sorte de douce auréole rose et romantique.

Un peu de douceur dans ce monde de brutes ne peut pas nuire.

Amateurs de romans aussi noirs que votre caffè ristretto, il vous faudra accepter d'ajouter sucre et de lait dans votre tasse. Les éléments de l’intrigue s’imbriquent parfois trop bien pour être toujours crédibles et cela risque de vous énerver un peu.

Mais si vous voulez un roman avec de la fraîcheur, de l’amour et du suspense pour passer un agréable moment et réanimer la part romantique qui sommeille en vous, alors ce livre est fait pour vous.

 

* Phrases extraites du roman.

 

Par Bibliofractale - Publié dans : roman policier. K/L/M/N/O - Communauté : Culture Polar
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